Willy Ronis
De même que Henri Cartier-Bresson, Izis ou Edouard Boubat, Willy Ronis aborde les réalités du quotidien avec cet oeil attentif, pudique et profondément humain. Les pavés parisiens qu’il arpente, ces guinguettes d’après la Libération qu’il fréquente, Willy Ronis nous les restitue avec leur charme d’antan. L’autrefois, le jadis devient littéralement intemporel. Plus qu’un oeil vif, aux aguets, il possède cette sensibilité émouvante qui montre les êtres tels qu’ils sont vraiment, sans artifices et sans masques.
A n’en pas douter, il mérite le qualificatif de poète et plus encore peut-être, de magicien. Car, qui d’autres mieux que lui, sait abolir la distance entre nous et ces ouvriers en colère ou ces badauds agglutinés dans un café Rue Montmartre (1956) ? Son oeuvre, tenue à distance par le respect et la pudeur, n’est pas arrachée à la vie; elle se nourrit de la vie. Quelque part, ses clichés prolongent le passé parce qu’ils convoquent notre mémoire. Si l’on a accolé le nom de Ronis à celui de Robert Doisneau, ce n’est pas sans raison évidemment : des piquets de grève autour des fourneaux à bois ou du célébrissime portrait de ce Mineur silicosé (1951) se dégagent cette fébrilité de la vie, cette précarité de l’homme, des thèmes chers au photographe.
Cette exposition, comme bien d’autres précédemment, confirme l’approche classique de Ronis et cette manière qu’il a de privilégier le sens à la création pure. Chez lui, le décryptage de l’image doit être immédiat. Au son d’une mélancolie ténue, nous sommes donc bercés par des courbes douces. Ainsi la chair féminine du Nu provençal (1949), du Nu couché (1960) ou bien encore de Villa Médicis (1981) est-elle dévoilée avec une extrême réserve.
De Belleville à Ménilmontant, Willy Ronis a saisi l’âme d’un Paris populaire désormais disparu, avec ses gargotes, ses fêtes foraines et ses impasses sinueuses. Derrière son objectif, il transcrit la saveur des premiers congés payés. Saisir la vérité de l’instant. Tout l’art de Willy Ronis réside dans ces quelques mots. Indiscutablement, ses clichés se bonifient avec l’âge et ils valent bien tous les livres d’histoire.
Que les instants éphémères se muent en éternité, voilà le cadeau que nous offre Willy Ronis.
article d'Anthony Dufraisse

Willy Ronis



Exposition des "A nous la vie" par Willy Ronis
Salle du conclave - Palais Rameau


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