Exposition
réalisée avec le concours de l’ ENSAM
Ce qui m’ amène à photographier les
gens, c’ est la curiosité et la volonté
de m’ intégrer au jeu des individualités
contemporaines.
Je fais des portraits subjectifs ne percevant chez la
personne choisie qu’ un seul trait caractéristique
–
l’ impression, et c’ est justement cette propriété
que j’ essaie de visualiser.
Mes photos sont profondément arrimées à
la situation de mes vis-à-vis. Cependant, je suis
un ennemi invétéré d’ un réalisme
superficiel montrant le Monde comme une réalité
« découpée au couteau » par
le diaphragme de l’ appareil. Je crois que le photographe
mérite ce nom seulement au moment où, en
se servant de la lumière, du cadre, de la netteté
et de la position de la caméra, il interprète
la réalité.
En règle générale, la photographie
peut tout au plus figer une réalité effectivement
existante.
Le photographe se doit d’ être là où
ce « quelque chose » se passe ou bien il doit
réaliser ce « quelque chose » devant
la caméra.
Le plus important, dans ma relation avec les photos, c`est
d’ obtenir le statut de partenaire: « faisons-le
ensemble » – voilà ce que je propose
à des personnalités illustres.
Le pittoresque discipliné de mes photos devrait
capter l’ attention de mes contemporains, en leur
demandant de réfléchir à comment
nous sommes ou peut-être plutôt, comment devrions-nous
être.
Le retard technologique de ma partie du monde m’
obligeait, de nombreuses années durant, à
photographier
en noir et blanc. A l’ époque, cela ne déparait
guère avec les tensions dramatiques des temps passés.
Temps et hommes changeaient, et moi j’ ai acquis
la conviction d’ avoir épuisé les
possibilités esthétiques de la photographie
noir et blanc. Dopé par de nouvelles technologies,
je me suis mis à fixer au travers d’ elles
mes contemporains aux prises avec notre amère liberté.
Conscient du risque de mes tentatives couleur, c’
est dans l’ incertitude que je puise mes espérances.
Voyez donc dans ces images plutôt une relation de
route que je parcours qu’ une réalisation
définitive.
Soyez critiques, mais « souhaitez-moi du succès
».
Krzysztof
Gieraltowski,
Varsovie, le 01 avril 2003