Exposition
réalisée avec le concours de la Galerie du
Château d’eau de
Toulouse
Dagmar Hochova pourrait se situer dans la lignée
de la grande photographie humaniste française. Il
y a en effet chez elle la même éthique, la
même répulsion pour la photo truquée
ou mise en scène, la même liberté intérieure
que chez Cartier-Bresson et aussi la même tendresse,
ce même esprit d'enfance et de poésie qu'on
trouve chez Robert Doisneau. Pourtant, la comparaison s'arrête
là. D'abord parce que Hochova n'est pas française,
mais viscéralement tchèque. Son regard est
aussi celui d'une femme comparable, par exemple à
celui de l'américaine Dorothea Lange. Cependant,
Cartier-Bresson comme Doisneau jouissaient d'une liberté
de mouvement et de conditions techniques pour pratiquer
la photographie que Hochova n'a jamais eues. N'étant
pas dans la norme des artistes officiels, dans l'impossibilité
de s'approvisionner en films photographiques, elle a dû
se résoudre à détourner des bandes
de films de cinéma pour continuer à photographier.
C'est ici peut-être qu'une approche critique de son
travail photographique prend toute sa valeur. Sans quitter
son pays, elle s'est attachée à capter tout
ce qui portait la trace d'une liberté de l'esprit.
Et de l'amour, enfants, intellectuels.
Jaromir Funke dont Dagmar était l'élève,
dit un jour à son père qu'elle avait «
l'intelligence du regard. » Ainsi on peut parler de
"vision photographique" dès lors que le
regard n'est plus prédateur ou calculateur mais intelligent
et créateur. C'est à ce prix-là, grâce
à cette exigence de l'esprit, que certaines des images
les plus fortes de Dagmar Hochova s'arrachent d'elles-mêmes,
et nous avec, de la banalité contingente. Elles nous
animent, aurait dit Barthes, mais d'une toute autre façon
que les images publicitaires. Elles nous jouent une certaine
musique. Elles donnent de l'air à notre esprit étonné,
et, du statut de simples photographies, accèdent
à celui d'icônes.
|

Exposition de "Un
regard tchèque"
au Centre de la culture à Courtrai
Retour |
|