Hikaru Ushizima
est né en 1929 à Fukuoka, dans le sud du
Japon. Doué pour la musique il entreprend très
rapidement de faire le conservatoire de Tokyo (université
de musique de Tokyo), élève brillant, il
est envoyé en Italie. Pour des raisons dont il
ne parle pas, il quitte tout et part se réfugier
à Kyoto où pendant plusieurs années
il mènera une vie dont il tente aujourd'hui de
ne pas garder de traces. Il aurait été le
compagnon de bouteille de Fukase. Hikaru ne pratique pas
la discrétion. Il ne cherche pas à passer
inaperçu, à n'être qu'une ombre, comme
s'évertuent à le devenir tant de jeunes
photographes de rue. Lui arrive à petits pas, calmes
mais vifs, hume l'air, regard son sujet, hume à
nouveau l'air ses yeux plissés vers le ciel comme
s'il attendait une autorisation puis regarde à
nouveau son sujet le pointe définitivement dans
son viseur et déclenche. Hikaru ne fait que quelques
rouleaux de films par an. Il partage sa vie entre Paris,
le golfe du Lyon et Biarritz où il est souvent
accueilli par un réseau d'amis, en majorité
expatriés comme lui.
Il dit que quand il déclenche, il n'attend rien.
Il aurait pu le faire beaucoup plus tôt ou beaucoup
plus tard. L'instant décisif il n'en connaît
pas l'existence et ne veut pas en entendre parler. Quand
on lui rétorque que, ne recadrant pas ses images
et n'utilisant pas le flash, on est tenté de le
rallier à une certaine mouvance humaniste, il dit
qu'il aimerait recadrer parfois mais que son grand âge
rend difficile les manipulations de laboratoire et que
le flash représente un poids trop important pour
lui. Et si vous persévérez à lui
trouver des liens quelconques il sourit lentement, hoche
la tête comme pour exprimer un refus et dit dans
un long et discret toussotement "français
beaucoup tabous... " en omettant avec malice tout
article qui pourrait l'empêcher d'aller à
l'essentiel.