Transphotographiques 2004


Jean Luc Monterosso
Commissaire général festival 2004

Lille, une capitale pour la photographie

Premier festival transfrontalier, les Transphotographiques occupent une place originale dans le paysage culturel français.
Photo : Emma Géraud, Manuel Abella / ENS Louis-Lumière
Inscrite cette année dans leprogramme de " Lille 2004, Capitale européenne de la Culture ", cette manifestation, orchestrée autour du thème très actuel des " transformations ", rassemble une cinquantaine d'expositions dont une dizaine dans la sélection officielle. Lille, bien sûr, mais aussi Arras, Calais, Croix, Noeux, Valenciennes et Courtrai accueillent du 15 mai au 15 juin un panorama de la création photographique contemporaine. Des figures célèbres, comme William Klein, Sebastiao Salgado, Bettina Rheims, Georges Rousse, ont accepté d'apporter leur contribution aux Transphotographiques, et la Maison Européenne de la Photographie a ouvert ses collections, afin de créer dans cette région du coeur de l'Europe, un dialogue fructueux et convivial. Déjà solidement irriguée par des institutions-phares comme le Studio National des Arts Contemporains du Fresnoy, ou des actions exemplaires comme la mission Transmanche, la scène photographique est animée dans le Nord d'une vitalité et d'un dynamisme incomparables. Grâce au directeur du Festival, Olivier Spillebout, le Conseil Régional, les collectivités locales, les entreprises, et d'une manière générale, bon nombre d'acteurs et opérateurs culturels, ont apporté leur concours à un festival qui se veut aujourd'hui résolument tourné vers l'Europe et la création.

Inscrire le thème des transformations comme point focal de la manifestation, c'est s'inscrire d'emblée dans une des problématiques les plus actuelles de la photographie. Non seulement cette dernière a pour vocation première d'enregistrer les transformations du monde, sociales, politiques, écologiques..., mais, sous le coup d'une profonde mutation technologique -l'irruption du numérique et de son corollaire, le virtuel-, la photo elle-même se remet en question. Dans ce foisonnement où se croisent et se juxtaposent les recherches les plus diverses, des choix s'imposent.

Si la transformation du paysage -qui, à lui seul, constitue un thème à part entière- a retenu depuis les années 80, et surtout la mission DATAR, l'attention de bon nombre de photographes, c'est le corps qui, de manière récurrente, constitue l'autre versant des expérimentations. Délibérément, c'est en partie autour de lui que s'organise notre réflexion, tandis que quelques autres directions sont esquissées.
Ainsi, l'exposition présentée à l'Hospice Comtesse, " le corps aujourd'hui ", retrace à travers une centaine d'oeuvres -de la série complète des Brown Sisters de Nicholas Nixon aux travaux de Catherine Ikam ou LawickMüller, en passant par Michel Journiac, Cindy Sherman, Orlan ou Diana Michener-, l'histoire récente des métamorphoses du corps, en tant que sujet esthétique, mais aussi enjeu politique, tandis qu'en filigrane se profile l'évolution du medium.

A ce panorama répond la série des Modern Lovers, de Bettina Rheims, exposée pour la première fois à Charleroi et à Paris en 1990, et jamais réexposée depuis, qui, entre adolescence et post-adolescence, questionne le statut ambigu de la sexualité. L'espace " Graphèmes " complète cette réflexion par la présentation de vidéos d'auteurs, créations originales, inédits, ou auto-portraits d'Eva et Adèle, Pierre Molinier, ou Jürgen Klauke. Dans un autre registre, et comme un arrêt sur image, Sebastiao Salgado photographie les transformations du corps social et analyse, à travers trois séquences d'images extraites de son célèbre livre " La Main de l'Homme ", les transformations du travail humain, au tournant du troisième millénaire.
C'est la transformation de l'espace, et plus particulièrement de l'espace du musée, qui fascine les trois photographes exposés au Palais des Beaux Arts. Jean-Christophe Ballot, architecte de formation, a couvert les nouveaux aménagements du musée du Louvre à Paris, Patrizia Mussa a suivi la reconstruction d'une aile du Castello di Rivoli à Turin, grand musée de l'art contemporain en Italie et Jacques Quecq d'Henripret s'est attaché aux travaux de rénovation du Palais des Beaux Arts de Lille. Au delà du document, chacun d'entre eux nous livre une vision réfléchie centrée sur le subtil passage de l'ancien au moderne.

Des créations spécialement conçues pour le festival viennent enrichir et compléter cette programmation. Georges Rousse investit à Lille la Maison de la Photographie pour produire une pièce nouvelle et réaliser, comme à son habitude, une installation " in situ ", tandis que plusieurs de ses oeuvres sont présentées à Valenciennes. En collaboration avec la Ville de Paris, la Fondation Hachette a envoyé ses jeunes lauréats dans les capitales des pays récemment accueillis dans la Communauté Européenne. Les fruits de leurs travaux, mis en espace par Peter Knapp, sont exposés à l'Hôtel de Ville de Lille, images emblématiques d'une transformation politique et économique en cours.
Mais c'est à William Klein, peintre, photographe, cinéaste, que revient le soin de donner le " la ". Dans un Lille en pleine effervescence, il se propose de montrer les acteurs qui font " bouger " la ville. Cette fresque sociale et photographique d'une cité en mouvement constitue le prestigieux fil d'Ariane de ces Transphotographiques 2004 dont la 4ème édition s'apprête une fois encore, avec toute une constellation d'autres animations et manifestations " off " à faire battre le pouls d'une région toute entière.



Jean-Luc Monterosso
Directeur de la Maison Européene de la Photographie

Commissaire général Transphotographiques 2004