Jacques Quecq d'Henripret
"
Palais des Beaux Arts de Lille"




Rénovations

Les musées s'agrandissent et se rénovent. Sanctuaires de l'art, mais aussi lieux de rassemblement, ils sont devenus aujourd'hui les nouvelles cathédrales. Témoins de cette mutation, les photographes mémorisent, au jour le jour, les différentes phases de leurs transformations. Jean-Christophe Ballot, architecte d'origine, photographie le Louvre en pleine rénovation, Patrizia Mussa enregistre la reconstruction d'une des ailes du Castello di Rivoli, près de Turin, qui abrite une des plus importantes collections d'art contemporain en Italie, et Jacques Quecq d'Henripret, la récente modernisation du Palais des Beaux Arts de Lille. Une centaine d'oeuvres, au delà du document, nous restituent les traces d'un passé récent, et nous font revivre, à travers un regard et une sensibilité toujours en éveil, la mue souvent surprenante de ces prestigieux bâtiments.
 



Cette exposition de photographies, est l'illustration de l'ordre et du chaos, et de leur mise en miroir.

L'ordre et le cristal, " Cristal Palace " arêtes dures, beau bâtiment du 19éme, (musée, mais où logent les muses ?) royaume du géométrique, prismes des bâtiments, parallélépipèdes, pyramides, dômes, niches, encorbellement, voussures et perspectives.

Cet ordre intangible, on l'aurait cru, ce cristal dur, livré pour un moment aux protubérances céphaliques daliniennes des architectes, ossatures gardées, squelettes à jour mais sols défoncés, murs éclatés, escaliers de marbre effondrés, plafonds crevés.

Et mon regard scanner, caméra obscura sur l'épaule (alors que je viens ici pour photographier le chaos par fragments (ces petites choses fragiles élaborées depuis l'aube des temps parle mental mou des hommes) stockés dans ces immenses réserves, citernes du temps, exhumation fugitive pour la photographie…) je mitraille les trous, les traces, les boues, gravats, déchets, le travail des hommes à l'intérieur du cristal, les hommes fourmis et les machines insectes pelleteuses et bulldozers, muscles d'acier, grues et taureaux mécaniques, camions et wagons au fer tanné de chocs.

J'ai photographié donc l'ordre du cristal livré au chaos des machines et des hommes.

Et puis le chaos… qui habite le cristal, le chaos de toutes les productions que le mental a pu imaginer… œuvre peint, sculpté, dessiné, tous les délires de la cervelle éclatée, tous les illuminés incohérents des siècles passés, ces choses fragiles, minuscules - qui devraient être éphémères sans les jardiniers du temps - pratiquement périssables, maintenues en survie, mais en vie. L'expression de toutes les ruses du mental avec le pouvoir pour malgré tout exprimer le désir, la luxure, le sexe, la souffrance, la misère, la mort, la bouffe, la jalousie, la terreur, le cauchemar, mais le rêve, l'harmonie, la géométrie, le plaisir, bonheur : la VIE.

Tout ça, photographié en vrac dans ces réserves, citernes du fantasme, avant que le regard savant ne tente d'y mettre " bon ordre ", évolution, continuité, cohérence : l'HISTOIRE DE L'ART… structuration, rigidification.
Mais tout est mental, oh miracle !
Des confrontations des deux corpus photographiques, celui de la transformation et de la conservation, jaillit du sens : c'est de cela dont il s'agit dans cette exposition.

Jacques Quecq d'Henripret


Exposition du 15 mai au 15 juin "Le Palais des Beaux Arts de Lille"
au Palais des Beaux Arts - Place de la République - Lille
Ouvert le lundi 14/18h., du mercredi au dimanche 10/18h., le vendredi jusque 19h
(fermé le mardi)

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Officiel des Transphotographiques 2004