dimanche 18 septembre 2005

mat. : °C am : °C

  Les transphotos
 
  L'oubli n'est pas pour demain
  Un intérêt sociologique, peut-être
  Daniel Quesney examine les paysages à la loupe
  Partir d’ennui
  Un jour, une vie à Podhale
  Une approche critique de la réalité
  Quelques centimètres de mémoire
  " Une marche au hasard du temps "
  Nicolas Wilmouth nourrit l’imaginaire
  Des ports en partance
  Vue sur une certaine Corée du Nord
  Wait and See: un partage d'expériences
  La reconstruction est fragile à Bamiyan
  Beffrois : cœurs chauds du Nord
  Raymond Depardon, l’homme pressé
  Le monde selon Thibaut Cuisset
  Yveline Loiseur : instantanés d'intimité
  Pollution, exode, mutation génétique… et oubli
  "La façade montre qui on est"
  

Partir d’ennui

 
Peut-on photographier le désir d’émigrer ? La photographie peut-elle exorciser les violences non dites du départ ? Vaste programme auquel s’est attelée avec audace la photographe Franco-marocaine Yto Barrada. Les images, rassemblées sous le titre Le détroit, n’ont pas pour objet de rendre compte des tentatives mais des tentations de départ. L’auteur procède donc par ellipses. Hormis une vue aérienne en noir et blanc du détroit, un ou deux portraits réalisés sur le ferry qui rallie les côtes marocaines et espagnoles, aucune image n’illustre les traversées aléatoires de ces centaines de Marocains qui, comme firent jadis leurs ancêtres avec leur bateaux, brûlent leurs papiers d’identité.
 
Yto Barada nous montre Tanger, un Tanger que seuls ceux qui y ont séjourné suffisamment de temps connaissent. Mais justement, qui connaît vraiment la ville blanche, autrement qu’à travers l’épaisse littérature qui en parle : Joseph Kessel, Paul Bowles… ? Les touristes européens ont aujourd’hui pour habitude de fuir la ville, autrefois pourtant convoitée et appréciée. A l’intérieur même du pays, Tanger est une ville à part. Son ancien statut de Zone internationale n’y est sans doute pas pour rien. Rappelons qu’à son indépendance en 1956 – ce n’est pas si loin ! - près du tiers des 150 000 Tangérois était étrangers ! A part, disions-nous ; oui, indubitablement différente. Certains Européens de passage y ont vécu quelques mésaventures, d’autres s’y sont réjouis. Cela étant, Tanger s’ennuie, se languit et regarde la mer sur laquelle, la nuit tombée, certains s’aventureront vers un improbable eldorado. Sinon, il faut bien vivre, prendre le bus, travailler ou jouer au football sur quelque terrain en terre battue.
' Partout où j’ai mené mon enquête photographique de l’ennui du nord, le long du 'Mur de la paresse', dans les appartements vides des projets immobiliers en faillite, autour du port, j’ai reconnu ce sentiment fatal qui pousse à partir et qui est inscrit aujourd’hui dans un peuple entier '. La phrase est de l’auteur.

Jusqu’au 25/06 au Tri Postal, avenue Willy Brandt à Lille.