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TRANSPHOTOGRAPHIQUES 2005 : "Hors circuits"

texte: Marta Eloy Cichocka

En guise d'introduction, je ne peux pas m'empêcher de faire quelques remarques générales, notamment sur l'organisation. Sous nos yeux, Lille, ville de mineurs située au nord-est de la France, mais aussi l'une des capitales européennes de la culture de l'année dernière, profondément rénovée, devient la métropole du Nord photographique de la France... Et ceci n'est pas un hasard.

L'équipe d'organisation du festival Transphotographiques, autour du charismatique Olivier Spillebout, mène depuis cinq ans une politique continue de promotion de l'art photographique auprès des habitants de toute la région, notamment par des initiatives locales. À mon avis, les différentes pistes suivies par le festival sont tellement intéressantes qu'elles devraient inciter les organisateurs d'événements photographiques à méditer, particulièrement ceux qui se plaignent, d'un côté, d'un manque d'argent, et de l'autre du désintérêt des spectateurs.

La spécificité du festival lillois consiste justement au fait d'être " une affaire commune " qui réunit toute la ville, tous ses habitants. Grâce à ceci, le festival dépasse les étroites limites du " petit milieu " de la photographie. D'ailleurs, des panneaux de publicité pour les Transphotographiques, hauts de plusieurs mètres, ponctuent la rue principale de Lille. Bien que l'ouverture du festival a eu lieu le 25 mai, différentes manifestations, telles que des vernissages, des expositions, des conférences ou des projections, attiraient déjà avant de vrais amateurs , mais aussi des curieux qui ont ainsi l'opportunité de le devenir.

A présent, le festival est en plein d'essor : cette année, le rayonnement des Transphotographiques ne couvre pas seulement la Région Nord-Pas-de-Calais et les villes françaises que sont Arras, Roubaix, Lens et Valenciennes, mais aussi Courtrai, ville belge (quatre expositions !). Le festival s'étend ainsi sur toute l'Eurorégion. Par conséquent, la presse de ces deux pays salue les actions des organisateurs du festival tandis que les fans de la photographie, de deux côtés de l'ancienne frontière, ont l'opportunité d'apprécier l'action de l'Union Européenne dans leur vie.

Et chez nous, qu'en disent les fans de la photographie de notre Eurorégion ? Peut-être attendent-ils l'arrivée d'Olivier Spillebout ? Jusqu'à présent, c'est lui qui a invité à Lille les organisateurs des festivals de Lituanie, de Slovaquie et de Pologne ; dans le cadre des Transphotographiques il y avait aussi des projections de diaporamas présentant Kaunas Photo Days, le Mois de photographie de Bratislava, le Festival de Photos de Lódz et le Mois de photographie de Cracovie. Mon patriotisme local de Cracovienne me pousse à dire que cette dernière projection était une simple revue de photos de catalogue qui donnait, malheureusement, une impression très chaotique.

Toute l'édition des Transphotographiques de cette année paraissait bien organisée. Dans sa stratégie, Olivier Spillebout a décidé de nommer Monsieur Bertrand de Talhouet, Président Directeur Général de l'entreprise Redoute (groupe Pinault-Printemps-Redoute, présent déjà dans 60 pays), Président du festival. Cette nomination est une garantie, elle constitue une assurance de la pérennisation du festival, qui s'appuie sur les bases plus que solides. Cette décision montre très bien que les affaires politiques, économiques et sociales d'une région peuvent se concilier avec les aspirations artistiques de ses habitants. En voici la preuve : les commandes publiques. Un cheval à celui pour qui l'expression " commandes publiques " s'applique à autre chose qu'à des travaux de construction! Justement ce contexte a dominé la 5ème édition des Transphotographiques. Il s'est avéré que les commandes des institutions publiques ne sont pas seulement une excellente façon d'utiliser la photographie au profit des gens (générations du futur y comprises) et une semoule de blé du ciel pour les artistes, mais aussi la possibilité d'enrichir la proposition du festival.

En outre, c'est Madame Anne de Mondenard, la Commissaire générale du festival, qui nous l'a prouvé. Invitée par Olivier Spillebout, elle a programmé la partie " officielle " festival de cette année. Le programme comprend treize expositions qui sont liées par une vision particulière du paysage qui nous entoure, bien que le titre de l'édition 2005 suggère : " Hors circuits ".
Tout d'abord, le maître Paolo Roversi, dont la photographie est devenue l'emblème des Transphotographiques 2005, nous invite à un circuit nostalgique au cœur de son studio. Ce voyage est aussi un voyage dans le temps. D'après lui, la photographie n'est pas " une vie arrêtée dans un moment, mais plus précisément un tel moment où la présence est complètement absorbée par le passé sans le droit de revenir".
Raymond Depardon, la deuxième vedette du festival, nous propose de le suivre dans son exploration de la région Nord-Pas-de-Calais qu'il a faite cette année, au mois d'avril, dans le cadre de la réalisation d'une commande publique. C'est la responsabilité du photographe envers la société qui est la plus importante pour Depardon. Par ailleurs, il n'hésite pas à se plaindre ouvertement des représentants du pouvoir dans la société contemporaine qui ne savent pas comment tirer profit de la richesse des photographes. Il a d'autant plus raison que sa propre carrière au début des années 1980 a été largement influencée par la commande faite par la Datar , qui consacrait une nouvelle vision du paysage de la France avec une définition très large de la notion de " territoire ". Parmi les trente photographes qui avaient répondu à cet appel, il y avait aussi Sophie Ristelhueber, pour qui la participation à cette mission a fortement influencé la façon de photographier le paysage.
Pendant son exposition à Valenciennes, Sophie nous a présenté une collection de photos faussement banales de territoires mythiques tels que : Sodome, Waterloo, ou la ligne de l'Equateur. La photo de Sodome présente le laid bâtiment d'une mine de sel, Waterloo, c'est le champ de blé, et la ligne de l'Equateur, dans l'objectif de Ristelhueber, passe au milieu d'une cafétéria de l'une des îles du Golfe de la Nouvelle-Guinée. Ainsi le mythe se confronte avec le banal et le passé imaginaire avec le quotidien, l'habitude.
Une autre exposition qui fait référence aux lieux mythiques, c'est le reportage de l'année 1966 réalisé par le photographe Manuel Litran, à la commande d'un magazine, Paris-Match, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la bataille de Verdun. Ce reportage n'a jamais été montré auparavant : des casques dans l'herbe, les bombes... Il voit le jour pour la première fois à Lille.
Jean-Philippe Charbonnier, décédé récemment, avait décidé de découvrir l'exotique du quotidien. De retour de ses nombreux voyages en Afrique et en Asie, ce reporter très connu s'est donné pour but en 1975 de trouver l'exotisme authentique dans le rayon d'un kilomètre de son propre appartement du centre de Paris. Pendant trois années, il réalise une série de photos en noir et blanc, intitulée " l'exotisme à un demi-ticket de métro de chez moi ". Parmi les photos, on peut voir " La Grande Mosquée parisienne ", alors la célèbre Cathédrale Notre Dame de Paris.
Thibaut Cuisset, quant à lui, s'enfuit de Paris pour photographier l'Islande et la Namibie, et ce, non en raison de leur paysage, mais sous prétexte de profondes méditations sur la géographie et l'histoire de ces pays. L'exposition de Cuisset devait être une rencontre du Nord avec le Sud, d'une île habitée et du désert. Néanmoins, dans les deux pays, la pellicule a immortalisé des images dépourvues de présence humaine et d'anecdote quelconque. J'aime beaucoup le titre de cette exposition : " Le dehors absolu ", c'est à dire absolument en dehors. On dirait à Cracovie : " dans le champ ", et ce " champ " convient parfaitement!

Dans le programme du festival, il y avait aussi de jeunes photographes. Au premier abord, on pourrait penser qu'ils prennent des sentiers battus, alors qu'ils suivent leurs propres chemins. Par exemple, Olivier Mirguet a participé à World Press Photo : ses photographies de la Corée du Nord, qui ont gagné en 2003, constituent un reportage intelligent sur ce pays gouverné par un régime où chaque photographe étranger travaille sous la censure. Mirguet a choisi les emblèmes du pouvoir, les icônes du régime... Avec un regard qui n'est pas dépourvu d'ironie, comme pour cette vue un peu naïve d'une affiche représentant la montagne Paektu (où est né Kim Dzong II), comme une photo-papier peint, décorant un vieil immeuble communiste.
À vrai dire, un peu moins subtil est le reportage de Guillaume Herbaut, salué par la presse. Son reportage, intitulé " O?wi?cim " (écriture originale), est une réflexion sur le phénomène de la mort et de la vie : à quelques mètres du camp de concentration, la vie passe... Mais cette vision " novatrice " du photographe français n'est rien moins que simpliste : ici une prostituée presque nue, là le visage d'un fan de heavymetal et enfin une Miss d'O?wi?cim " moche comme une nuit ". Du reste, des photos comme celles- là auraient pu être prises dans n'importe quelle ville du monde : nous aurions alors une autre Miss locale qui porterait un ruban avec une autre inscription. Je préfère sans aucun doute le reportage sur " TChernobyle " pour lequel Herbaut avait obtenu le prix Kodak en 2001.
Par contre, je n'ai rien contre les deux jeunes photographes qui restent. Yto Barrada, la seconde femme du programme officiel, est une artiste franco-marocainne. Son projet " Le détroit " est composé de photographies de Tanger où la majeure partie de la population ne rêve que d'être ailleurs sur le deuxième côté de ce détroit... Bien que les photos de Barrada soient jolies et très subtiles, elles sont aussi très impressionnantes, mais sans lourdeur. L'ambiance des paysages urbains me rappelle Hawana que j'ai apprécié il n'y a pas longtemps : la même tristesse intangible, la même nostalgie de cette autre rive, la même impuissance. Et les gens qui ont la tête ailleurs... ils tournent le dos à l'appareil photo. Philippe Dapvril a touché nos coeurs avec sa série de paysages portuaires du Nord de la France. Boulogne-sur-Mer, Calais, Dunkerque, c'est une contrée poétique de ports, de paysages désertiques à l'aube, " l'architecture de l'eau et de l'horizon ". Tout est parfaitement présenté sous forme toiles imprimées : ce n'est pas un pur hasard si l'entreprise Epson a assuré la réalisation de la plus grande partie des expositions du programme officiel. Encore un triomphe de C-print.

Par contre, je ne peux pas dire de mal des expositions que je n'ai pas vues par manque de temps. Comme je l'ai mentionné avant, le programme des Transphotographiques de cette année est si large que nous manquons de temps pour tout voir en quelques jours. C'est pourquoi j'ai raté par exemple les monumentales " voitures-cathédrales " de Thomas Mailaender : le terme vient de Marseille où on utilise une telle expression pour les voitures qui sont surchargées d'objets usagers, et qui roulent vers le Maroc. Moi, j'étais très curieuse de l'esthétique de " cette école de Düsseldorf " que Mailaender montre, en présentant les circuits qui vont du riche Nord jusqu'au pauvre Sud. Je n'ai pas non plus eu l'occasion de voir comment Daniel Quesney avait méthodiquement photographié le village de Neschers, en Auvergne. On ne peut pas oublier que sa méthodologie documentaire est inspirée par Atget : rue après rue, cube après cube, sans aucune hiérarchie. La dernière proposition de la série " Hors circuits ", c'est Hugues de Wurstemberger et le territoire de la mémoire qui garde les souvenirs : le projet porte le titre " Pauline et Pierre " et concerne la sphère intime de la famille de l'auteur.

Pour finir, quelques mots sur le programme " Off " qui se distinguait du programme officiel dans la mesure où il n'a pas été élaboré par Anne de Mondenard. En outre, sa réalisation n'a pas été soutenue par des partenaires aussi importants que Picto ou Epson. Néanmoins, la qualité de ces 40 expositions était également très grande, et les thématiques très variées. Je n'ai pas eu le temps de visiter toutes les expositions. J'en ai vu quelques-unes - comme le projet Tendance Floue " Nationale zéro " (la route de 23 000 km qui traverse toute l'Europe) ou bien Les Mademoiselles de Kimiko Yoshida. Mon plus tendre souvenir va à une exposition au titre compliqué, " les légers déplacements dans l'ordre de choses " qui était signée Claude Courtecuisse, un vieil homme diaboliquement observateur, à l'humour et au regard incisif sur le paysage urbain qui l'entoure : la porte qui conduit à nulle part, les défectueuses images sur l'asphalte... Et son sens de l'humour est très contagieux. Quant aux Polonais, parmi les photographes mentionnés, il y avait aussi Leszek Pekalski qui a montré des photos de Podhale, photos qui attendent toujours une publication sous forme de catalogue ; les photos des lits de réfugiés sont bien arrivées à Roubaix. Je parle là du très médiatisé projet intitulé " La Maison " d'Andrzej Kramarz et de Weronika Lodzinska-Duda. De mon coté, j'ai exposé " Lieux communs ", titre qui en raison d'un jeu des mots ne peut pas être traduit.

Et pour finir cet article, je voudrais ajouter que le site Internet français Photosapiens a aboli le partage entre " In " et " Off ", et qu'il présente les artistes des Transphotographiques 2005 dans l'ordre alphabétique, et donc démocratique, ce qui pourrait devenir le début d'une réflexion nouvelle.