
Photo : © Tereza Vlcková
Les créateurs
avant-gardistes comme František
Drtikol, Jaromír Funke, Jindrich
Štyrský, Jaroslav Rössler
ou Josef Sudek, auteur de singuliers
clichés doux et harmonieux,
les documentaristes et reporters
photo Josef Koudelka, Antonín
Kratochvíl ou Jindrich Štreit
et les artistes de la création
conceptuelle multimédia ont
permis à la photographie
tchèque d’acquérir
une renommée internationale
Pourtant un domaine de la photographie
tchèque n’a jamais
pu se vanter de produire des œuvres
originales et de qualité.
C’est la photographie de mode
qui, pendant l’entre deux
guerres, est resté en dessous
du niveau des créations des
prestigieux ateliers de couture
de Prague et qui durant les quatre
décennies du régime
communiste ne brillait pas par sa
créativité –
à l’exception de quelques
photographes (Fred Kramer, Dušan
Šimánek, Tono Stano)
– à l’instar
de la mode tchèque de l’époque.
A cause d’un manque de vêtements
de qualité dans des magasins
déjà à moitié
vides les quelques magazines de
mode existant publiaient des images
plus descriptives que penchées
sur l’originalité créative
des modèles photographiés,
qui faisaient ainsi office de patron
pour les lectrices.
Cette situation n’a radicalement
changé qu’après
la Révolution de Velours
en 1989. Toutefois alors le marché
de la publication de mode était
dominé par des ersatz tchèques
de magazines très en vogue
à l’étranger.
La majorité des articles
étaient des reprises de la
presse étrangère et
les photographes tchèques
imitaient les clichés de
leurs célèbres confrères
français, américains,
anglais ou italiens.
Ce n’est que ces dernières
années que la qualité
de la photographie de mode tchèque
s’améliore progressivement,
surtout grâce aux jeunes photographes.
Dans le peloton de tête se
trouve aujourd’hui Tereza
Vlcková (née en 1983),
étudiante de l’Institut
de Photographie Créative
tchèque de l’université
de Silésie à Opava,
ainsi que de l’Atelier de
la photographie publicitaire de
l’université Tomas
Bata à Zlín. A ses
débuts au lycée elle
se consacre principalement aux compositions
minimalistes en noir et blanc ainsi
qu’aux nus. Par la suite elle
s’oriente vers des portraits
en couleurs et des mises en scène
en extérieur qui ont pour
cadre, le plus souvent, les forêts
et les montagnes de Beskydy proches
de chez elle, en pleine Moravie.
Généralement ses
œuvres se trouvent à
la frontière de la création
libre et de la photographie de mode.
Quelquefois il s’agit de véritables
créations de mode –
comme c’est le cas pour la
série Little Garden mettant
en scène des modèles
du jeune créateur tchèque
Ondrej Adámek. D’autre
fois, elle utilise les robes héritées
de sa grand-mère. Ses photographies
sont publiées dans des magazines
de mode progressif comme Blok, mais
aussi présentées dans
des galeries ou des magazines photographiques.
Les portraits magiques des jumeaux
de la série Two peuvent être
mis en parallèle avec les
œuvres des anciens maîtres
italiens et espagnols, celles des
photographes August Sander, Diane
Arbus, Rineke Dijkstra, Loretta
Lux – dont les portraits captent
les regards maléfiques de
leur sujet, directement dirigé
vers le spectateur –, ou encore
avec Shining de Stanley Kubrick
ou Sleepy Hollow de Tim Burton.
Cette série, la dernière
achevée, a suscité
il y a peu un important intérêt
à la première foire
photographique « Prague Foto
». Tereza Vlcková a
reçu le prestigieux prix
UniCredit Bank Young Talent Award
remis à la meilleure photographe
de moins de 35ans. Avec cette série
nous sommes incapables de faire
la différence entre les véritables
jumeaux et les clones de fillettes
générés par
ordinateur. Il ne s’agit cependant
pas uniquement d’un jeu de
l’auteur, car elle essaie
d’explorer l’identité
de deux personnes physiologiquement
apparentées et dont la ressemblance
physique est accentuée par
les vêtements et les coiffures
identiques. A travers des contrastes
délicats et des analogies
dans l’expression étonnamment
adultes de leur visage, l’artiste
questionne la promiscuité
de leurs mondes psychiques, de leur
caractère, de leur relation
mutuelle, leur alter ego et les
visages qui se cachent dans chacun
de nous. La question de l’identité
joue aujourd’hui un rôle
important dans les œuvres des
jeunes photographes tchèques,
hommes ou femmes. Citons à
ce propos les autoportraits «
Caméléon » de
Dita Pepe, au succès international,
où elle se métamorphose
en partenaire d’hommes et
de femmes très différents
d’elle. Mais la série
Two fait partie des séries
les plus originales et les plus
suggestives de sa catégorie.
La retouche numérique joue
un rôle important dans le
travail de Tereza Vlcková,
particulièrement dans ses
photographies les plus récentes.
L’auteur influence l’image
en retravaillant les couleurs, en
enlevant les détails inutiles,
ou encore, comme c’est le
cas dans la série Two, en
composant le cliché final
à partir de plusieurs autres.
L’utilisation intense de Photoshop
ne mène pas ici à
l’autotélisme mais
permet de souligner l’efficacité
de ces photographies qui nous séduisent
par cette poésie singulière,
par ce monde original aux frontières
de la réalité et du
rêve, tout en posant des questions
auxquelles on trouve difficilement
des réponses exactes.
Commissaire
:
Vladimir
Birgus
Exposition du 7 mai au 27 Juin"Two"
Vernissage le mercredi 7 mai à
12h
Exposition dans le Hall de l'Hôtel
de Région - 151, Boulevard
du Président Hoover - Lille
Tél. 03 28 82 82 82
Ouvert du lundi au vendredi de 8h
à 18h.