 |
Olivier
Spillebout par Serge Deleu |
Mode
et Photographie, commissaire Olivier
Spillebout
Mode & Photographie…
voilà sans aucun doute deux mots
qui vont bien ensemble. L’édition
2008 illustre, comme nous l’avions
fait l’année précédente
avec le cinéma, l’ensemble
des liens croisant ces deux univers.
Ainsi, ce n'est pas une thématique
« Photo de Mode » que nous
vous proposons de découvrir,
mais plutôt « un rapport
au tissu ».
Fidèle
au caractère généraliste
du festival, la programmation proposera
un large éventail de ces liens
entre la Photo et la Mode, avec à
la fois des images directement issues
du monde des créateurs, et d’autres
beaucoup plus éloignées,
quand des photographes illustrent nos
code vestimentaires ou l’apparat.
2008 sera d’abord marqué
par un partenariat de prestige avec
le magazine PHOTO, qui est pour beaucoup
d’artistes une référence,
chez les simples amateurs, comme chez
les professionnels. Un bel hommage à
ce magazine, à travers une exposition
présentée au Tri Postal
des plus belles couvertures par les
plus grands photographes et du plus
grand concours photo du monde au concours
amateur organisé par le magazine.
Il a bercé toutes mes premières
amours pour la photographie, et je suis
très heureux qu'Eric Colmet Daâge
accueille aujourd'hui complètement
les Transphotographiques dans ses pages.
Nous renouvelons la tradition du festival
d'accueillir un invité d'honneur
au travers d'une exposition phare.
Qui d'autre que Karl Lagerfeld pouvait
incarner ces deux univers que sont la
Mode et la Photographie ? C'est certainement
la personnalité la plus emblématique
du monde de la mode, mais si tout le
monde connaît son travail de créateur,
le grand public connaît moins
son travail de photographe.
En nous présentant une exposition
conséquente qui occupera près
de deux étages du Tri Postal,
c'est beaucoup de son intimité
que Karl Lagerfeld nous offre à
découvrir, un travail réalisé
sur plusieurs années, fruit d'une
collaboration entre un top model, Brad
Kroenig, et un créateur, Lagerfeld,
ici derrière l'objectif.
Un volet plus historique sera présenté
à la Maison de la Photographie,
avec une série de 20 images prêtées
par la Galerie Baudouin Lebon, celles
d'un photographe qui peut être
considéré comme le premier
photographe de Mode, le baron Adolphe
de Meyer. Il collabora dès les
années 20 avec des magazines
prestigieux et encore aujourd'hui familiers
dans l'univers de la Mode : Vogue et
Vanity Fair. Ces deux magazines se sont
toujours associés à la
restitution photographique du travail
des créateurs, preuve s'il en
était besoin de l'étroitesse
des liens entre la Mode et la Photo.
L'hebdomadaire ELLE a confié
pendant près de 10 ans la direction
artistique de ses pages photo à
Peter Knapp. Au-delà du photographe,
c'est donc aussi l'œil du «
D.A » que nous vous proposons
de découvrir au Colysée,
Maison folie de Lambersart. Près
de 20 ans du travail de Peter Knapp,
des années 60 à 80, y
sont présentés. On retrouve
des croisements avec d'autres expositions
du festival, notamment les séries
sur Lagerfeld, avec ses créations
couture cette fois-ci.
Un autre regard particulièrement
fort et poétique : celui d'un
photographe américain, David
Seidner.
Cette exposition importante, proposé
par Jean-Luc Monterosso, est la première
rétrospective de l'artiste décédé
il y a huit ans.
Pour l'anecdote, David Seidner, avant
de disparaître, avait fait don
de la majeure partie de son travail
à la Maison Européenne
de la Photographie à Paris, et
Jean Luc Monterosso, son directeur,
souhaitait depuis lui rendre hommage.
Grâce à cette rétrospective
présentée au Palais des
Beaux Arts de Lille et ces séries
de mode, de nus, de portraits, et d’historiques
issues d'une collaboration de plusieurs
années avec Yves Saint-Laurent
et Pierre Bergé, c'est maintenant
chose faite.
Jeanloup Sieff est un photographe culte
du monde de la Mode, célèbre
pour ses images qui ont choqué,
notamment son nu d’Yves Saint-Laurent.
L’exposition « 64x4 »
que nous proposent Barbara Rix-Sieff
et Valérie Servant, présente
des inédits du photographe où
l’on retrouve le génie
de l’artiste dans son traitement
de la photographie de mode.
Une Carte Blanche est offerte à
la Galerie Bailly qui nous propose l’exposition
« Réflecteur – le
sujet devient auteur d’image ».
D’anciens mannequins devenus photographes
nous livrent ici leur vision originale
et très personnelle de l’image,
affûtée par leur propre
expérience du monde de la Mode.
Les Transphotographiques offrent également
leurs murs à ces images numériques
récompensées par le Prix
Arcimboldo. Retraçant les dix
premières années d’existence
de ce prix visionnaire, un des premiers
à primer la création numérique,
cette rétrospective nous permettra
de découvrir ou de redécouvrir
l’inventivité de lauréats,
célèbres, comme Orlan
ou Catherine Ikam, ou jeunes créateurs.
La salle du conclave au Palais Rihour
accueillera un travail inédit
de Charles Fréger, « Hereros
». Ici nous sommes très
loin de la Photographie de Mode, Charles
Fréger ne travaillant pas dans
ce milieu, il n’était pas
a priori évident qu’il
soit associé à la programmation.
Mais après notamment la série
« Uniforme », « Hereros
» nous confirme comment et à
quel point des communautés, sociales
ou culturelles, s'habillent, s'accoutrent
et choisissent au travers du vêtement
de s'identifier ou de se mettre en scène.
Nous sommes ici en Namibie, les modèles
tout comme le décor nous le rappellent.
Mais dans ces images, c’est essentiellement
le vêtement qui témoigne
de leurs identités, de leurs
souffrances et de leur histoire. Il
nous semble finalement voir apparaître
ici des officiers allemands du début
du siècle, ou encore des «
Royal Highlanders » écossais.
Avec les trois séries de Tereza
Vlckovà, présentées
à l'Hôtel de région,
au Tri Postal et au Colysée de
Lambersart, nous sommes à la
frontière entre le travail de
« Mode pure », celui à
destination d'un magazine et servant
à présenter le travail
d'un créateur et celui d’auteur
artistique. La série «
Little garden » nous laisse apprécier
le travail d'un jeune créateur
Tchèque Ondrej Adamek, alors
que la série « Twin »
est un travail personnel de Tereza particulièrement
abouti, utilisant avec beaucoup de réussite
les nouvelles technologies numériques,
tant pour le travail de chromie, que
d'élimination de détails
inutiles.
La Photographie de mode tchèque,
comme nous l'explique Vladimir Birgus,
a été très longtemps
quasi inexistante, une majorité
des articles et photos de la presse
du pays étant issus des magazines
français, anglais, italiens ou
américains. Mais avec ces trois
formidables séries de Tereza
Vlockvà, et du créateur
O.Adamek, nous présentons ici
un très bel exemple de la nouvelle
créativité Praguoise,
publiée désormais dans
des magazines progressistes comme Blok.
Tereza Vlockvà vient de recevoir
l'Award de la meilleure jeune photographe
à la Biennale de Prague.
Comme en 2007 avec le thème du
Cinéma, beaucoup de photographes
mettent en scène leurs photographies,
afin de raconter des histoires.
C’est le cas d'Elen Usdin, ou
encore d'Eugenio Recuenco.
Le vêtement, mais plus simplement
aussi le déguisement, le costume
ou le tissu, est largement utilisé
par Elen Usdin, tant pour des magazines
de Mode que pour la promotion de l'Opéra
du Rhin. Et les créant parfois
elle-même, au gré de son
imagination et de ses rêves. La
série « Magic Fillette
» sera présentée
à la Galerie Le Carré.
Nous sommes en présence de la
« jeune photographie de Mode créative
» dans un décalage certain
mais admirable de la représentation
que le plus souvent nous avons de la
« Photo de Mode ».
Dans cette catégorie «
Mode Créative », nous ne
pouvions pas ne pas inviter à
Lille Eugenio Recuenco. A l'heure où
le Palais des Beaux-Arts de Lille va
célébrer « Les Caprices
» de Goya, nous nous devions de
présenter les travaux d’un
de ses dignes héritiers inspirés
de l’expression picturale espagnole
et évoluant vers l’image
animée. Plusieurs séries
de ses clairs-obscurs magistraux et
mystérieux seront présentées
au Tri Postal de Lille, ainsi que plusieurs
de ses courts-métrages.
Sabine Pigalle utilise elle aussi les
références à la
peinture, notamment avec sa série
« Le sixième jour »
présentée à l'église
Saint Maurice.
Tout comme Usdin, elle fait la part
belle au costume et à la mise
en scène.
Son autre travail présenté
au Tri Postal illustre les relations
anthropomorphiques que l'Homme entretient
avec l'animal.
Tout comme Vlckovà, Sabine Pigalle
nous livre sa vision très personnelle
des « Twins », des jumeaux,
et pour le coup, comment l'Homme, comme
l'animal, peut se métamorphoser
pour répondre à un quelconque
phénomène de mode.
Ewa Lowzyl, la polonaise, incarne elle
à quel point la jeune création
issue des anciens pays du bloc communiste,
peut prendre aujourd'hui sa revanche
en terme de créativité
et d'originalité, à l’instar
de Tereza Vlckovà. Tout comme
elle encore, Ewal Lowzyl utilise avec
bonheur l'outil numérique pour
transformer ses modèles, ou nourrir,
ses (nos) interrogations : est ce que
nos corps sont vraiment des corps ?
Ces corps « modifiés »
d'Ewa Lowzyl ne peuvent que nous rappeler
une grande partie du travail de Joel
Peter Witkin présenté
en 2003 dans la crypte de la cathédrale
de la Treille. L'occasion était
belle de retrouver Witkin, qui n’est
pas, lui non plus, « estampillé
» photographe de mode. Cependant,
à l'occasion d’une commande
du New York Times, ce photographe «
hors Mode » nous offre son regard
extérieur à ce monde.
Les Jeunes Photographes Julien Claessens
et Laurent Julliand, chacun à
leur manière nous offrent un
regard pertinent sur les coulisses de
la mode, des défilés,
des backstages, le premier au Tri Postal
de Lille, le second chez Quai 26 à
Roubaix, tous les deux en noir et blanc.
Après Les photographes français,
tchèques, américains,
espagnols, polonais, Francesca Bertolini,
l’italienne, nous permet de prolonger
notre invitation à la jeune création
européenne. C’est également
l’occasion de découvrir,
pour les amateurs de beaux tirages en
noir et blanc, un travail d'auteur,
très loin de la photo de mode,
mais chargé néanmoins
de la mémoire de ces lieux qui
ont fait la mode ; ici le siège
de la société Max Mara,
un an après que l'ensemble du
personnel soit parti pour des bureaux
plus modernes. Images ô combien
chargées de mélancolie,
cette mélancolie si souvent exprimée
en noir et blanc par les photographes.
Il est particulièrement intéressant
de confronter cette série avec
le travail d'Olivia Gay, présentée
à la Condition Publique de Roubaix.
Dans son travail consacré au
siège de la société
La Redoute à Roubaix, nous ne
sommes pas dans un lieu abandonné,
mais bien en pleine activité.
Un des lieux qui fait la mode, ou tout
du moins y participe, chargé
d'histoire, l'histoire de la VPC et
du textile dans le Nord Pas de Calais.
Associée à celle d'Olivia
Gay, et sur un commissariat réalisé
directement par La Redoute, sera présentée
une exposition des photographes de Mode
ayant réalisé les pages
les plus emblématiques du catalogue,
notamment Dominique Isserman ou encore
Kate Barry.
La VPC, historiquement associée
au territoire Nord Pas-de-Calais, s'est
assuré depuis toujours le concours
de photographe de Mode.
C'est le cas de Joseph Chiaramonte qui
réalise depuis de nombreuses
années, des commandes pour ces
nombreuses enseignes.
Joseph symbole de notre créativité
régionale est aussi le créateur
du magazine Sight qui sera présenté
au Tri Postal.
Il nous présente également
une série photographique de sept
images appelée « L'ange
».
Deux expositions collectives termineront
cette programmation 2008. La première,
« La ville et la modernité,
la jeune fille dans la ville »,
sur une proposition d'Agnès b.,
revient sur les murs du Jardin de Mode
à Lille Sud, avec notamment des
œuvres de Koudelka, Dityvon, Riboud
ou encore Doisneau.
La seconde, la formidable collection
du Musée des beaux-arts et de
la dentelle de Calais, qui nous permet,
après le FRAC en 2007, d'inviter
à Lille dans le cadre des Transphotographiques
les institutions culturelles régionales.
C’est l'occasion de découvrir
ou redécouvrir les œuvres
de Nancy Wilson-Pajic, mais aussi Valérie
Belin, Pierre et Gilles, Man Ray, Sam
Levin ou encore Pierre Molinier, dont
une grande partie a été
réalisée sur commande
pour le Musée.
Enfin n'oublions pas à Lille
les expositions d’Henrike Stahl,
Victor Manuel Fernandez, l'exposition
collective de la Galerie Hollevout et
à Roubaix Frédéric
Cornu, ainsi que les expositions doubles
de Matej Andra Vogincic &
Vuk Cosic et de Xavier Alphand &
Françoise André.
Cette édition que nous souhaitons
riche en propositions artistiques n’aurait
pas été possible sans
le soutien des artistes, des commissaires,
des galeries et partenaires. Parmi les
plus fidèles, nous remercions
en particulier nos grands partenaires
la Région Nord Pas-de-Calais
et la Ville de Lille. Avec une mention
spéciale et une grande reconnaissance
cette année au magazine PHOTO
qui va promouvoir notre projet, et à
travers lui toute la région Nord
Pas-de-Calais, bien au-delà de
nos frontières.
Olivier
SPILLEBOUT
Directeur du festival
|