Sophie DEBALLE " Paysages miniers "


© Sophie Deballe


Nature photographique du terril

L’originalité du présent travail de Sophie Deballe est de prendre pour objet de ses photographies des terrils omniprésents dans le paysage du bassin minier, mais jusqu’ici absents du regard. Certes, sa démarche trouve son origine dans la forêt de Marchiennes puis sur le littoral normand près de Coutances dont elle a parcouru les étendues inlassablement. Sophie Deballe privilégie depuis bientôt dix années une sensibilité à la nature qui s’exprime par le noir et blanc et le format carré (6 x 6) comme dans son portfolio Marches & Limites, édité par le CRP Nord - Pas de Calais en 2006. Sensibilité qui trouve ici son prolongement avec la végétation naturelle des terrils. Certains clichés ne laissent guère deviner leur localisation minière. Mais dans d’autres la matière du sol se fait plus explicite, la ligne d’horizon bascule en diagonale et le terril apparaît enfin dans sa pure minéralité originelle. Les photographies de Sophie Deballe mesurent et accélèrent cette révolution qui « naturalise » ces tas de déchets en collines à terme verdoyantes et donc propres à modifier en profondeur les plats pays belge et français. Bien sûr ses images veulent délibérément brouiller les pistes en rendant difficile l’identification des lieux et saper les codes du beau paysage standardisé. L’objectif fixe uniformément des fragments, des zones, des matières qui trouvent leur unité dans la qualité des noirs et des blancs de chacun des tirages. Cependant ces images s’inscrivent sans le vouloir dans une histoire qui en conditionne la lecture. De symboles de l’exploitation, les terrils sont en train de devenir les premiers espaces naturels « sauvages » de nos régions, à l’exemple de la chaîne des terrils de Loos - en - Gohelle et du terril du Martinet (Charleroi), classé comme site, qui s’insèrent aujourd’hui dans des circuits touristiques. Les références de Sophie Deballe à la culture photographique sont plus explicites et tournées vers les paysagistes américains d’après-guerre auxquels on pourrait rajouter le travail de Raoul Hausmann sur les fouillis végétaux dans les années 1930. On se plaira à évoquer le sublime des vues des parcs nationaux d’Ansel Adams, l’intériorité des paysages de Lee Friedlander empreints de « ce moment où le paysage parle à l’observateur ». Il semble bien que les terrils aient parlé à Sophie Deballe car elle fait basculer leur image vers une nouvelle sensibilité, une forme de sentimentalité attachée à la forme en devenir de ces accumulations de labeur.


François Robichon, extrait de la préface de «Paysages Miniers»

 
 
Exposition du 19 mai au 20 juin " Paysages miniers "

Vernissage le 21 mai à 18h
Exposition au Musée de l'Hospice Comtesse - 32, rue de la Monnaie - Lille
Tél. 03 28 36 84 00

Ouvert le lundi de 14 h à 18h et du mercredi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 18h.

 
 

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