ÉDITOS

Martine Aubry

En 2001, naissaient, à Lille, les Transphotographiques. Dix ans après, le petit festival des débuts, mû par la passion d’une équipe et l’aura de Willy Ronis comme émouvant premier parrain, est devenu grand. Au moment de la fin d’un cycle de dix ans, où les collectivités territoriales ont accompagné le festival chaque année, sa renommée a largement dépassé nos frontières : l’évenement a acquis l’exigence artistique et la pertinence, a provoqué le goût de l’échange et de l’émotion partagée, a favorisé l’ouverture à tout l’univers des images…

Pour autant, les Transphotographiques restent fidèles à leur région natale… le Nord qui, à l’occasion de ce dixième anniversaire, vous est présenté sous différents angles : à travers ses paysages et ses architectures, son histoire, sa culture, ses habitants…
Ce Nord, « les Trans » l’ont déjà célébré à plusieurs reprises, à la faveur de photographes qui ont posé leur regard sur notre territoire pour mieux nous le dévoiler. La révélation la plus marquante pour les lillois a sans doute été celle que nous proposa William Klein, qui pendant plusieurs jours a capté les sourires de groupes de personnalités de la Ville pour offrir aux visiteurs une exposition de portraits forts et touchant, à l’image des gens du Nord.

Rappelons-nous également une première présentation du fonds Pasquero de la collection de l’Hospice Comtesse de Lille, une exposition roubaisienne dédiée à l’histoire de La Redoute… ainsi que tous ces photographes régionaux, dont de nombreux jeunes créateurs que le festival a à cœur de mettre en lumière chaque année, à travers des bourses à la création et autres repérages.

NORD[S]… plus qu’un focus sur le Nord, c’est un véritable hommage à la richesse et la pluralité de notre région que nous propose cette nouvelle édition, emmenée par plus de 100 photographes régionaux, nationaux et internationaux.
Outre les grands noms que sont Gabriele Basilico ou Jean-Philippe Charbonnier, il ne faudra pas manquer les Regards Croisés du Palais Rameau, où seront réunis 80 photographes régionaux de tous horizons sélectionnés dans le cadre d’un bel appel à projets.

Pendant un mois, Lille et ses environs seront animés par de nombreuses expositions, mais aussi des débats, conférences, stages et autres rendez-vous autour de la Photographie.
Avec tous les habitants de la métropole lilloise, je souhaite un très bon anniversaire aux Transphotographiques !


Martine Aubry
Maire de Lille
Présidente de Lille Métropole Communauté urbaine


Daniel Percheron

Voilà dix années que le festival « Transphotographiques » à Lille fait partager et découvrir à la population régionale la création photographique nationale et internationale. L’édition 2011 de ce festival d’envergure rend hommage à la région du Nord, dans son acception la plus large, et dans la pluralité de ses aspects, sociaux, patrimoniaux, historiques, culturels et paysagers.
Cette année, le festival propose des œuvres d’artistes reconnus mais aussi de jeunes talents prometteurs, dans différents lieux investis pour l’occasion, assurant une proximité immédiate avec les publics.
De la photographie de paysages urbains ou anthropomorphes, en passant par la photographie de portrait voire humaniste, à la photographie industrielle, une trentaine de photographes, d’origines, de culture, de génération et de sensibilité différentes, se joignent à cette édition anniversaire pour faire honneur au territoire qui les accueille, le temps du festival.
Forte de l’effervescence artistique dans le domaine des arts visuels sur son territoire, la Région Nord-Pas de Calais soutient depuis longtemps les artistes de cette discipline qui participe au rayonnement de l’identité culturelle régionale au-delà de ses frontières.
A l’image de la société actuelle, en pleine mutation, l’édition 2011 des « Transphotographiques » est l’occasion de porter un regard nouveau sur notre territoire, à la fois critique, réaliste et poétique.
Bon festival à tous.

Daniel Percheron
Sénateur du Pas-de-Calais
Président du Conseil Régional Nord-Pas de Calais



Bertrand de Talhouet

Pour cette dixième édition anniversaire, le festival Transphotographiques a choisi de  ré-explorer le(s) Nord(s) : fidélité à ses racines, envies aussi de mieux nous connaître dans notre Région, et par delà dans nos territoires, thématique majeure de la photographie contemporaine déjà abordée lors de l’édition 2005.

A travers une pluralité de visions portées par des photographes d'origines, de sensibilités et de générations très différentes, la programmation portée par Françoise Paviot et Gabriel Bauret, qui étaient déjà nos commissaires d’exposition l’an dernier, lors de cette magnifique édition consacrée à la « Nature », nous permet de mieux prendre conscience de la subjectivité, et de l’enjeu d’intériorisation par chacun d’entre nous de notre propre territoire.
C’est notre Nord repère immuable, mais ce sont aussi des Nords qui s’opposent et se rencontrent, et qui vivent ; ce sont enfin nos Nords, intimes et intérieurs. Je cite Anne Biroleau, qui est la conservatrice du département photographie de la BNF, dans un ouvrage récent :  « La perception du territoire est avant tout liée à l'intériorisation d'une notion, à une insertion personnelle dans le temps et le lieu de l'image, à une conception de la durée sinon de l'histoire ».
C'est à cette histoire partagée que nous convie le festival cette année, afin que nos imaginaires sur le Nord s'enrichissent mutuellement et que chacun - le public, les artistes - puissent y trouver sa place.

En cela, le festival s'associera avec des photographes internationaux, comme l'invité d'honneur Gabriele Basilico (né à Milan en 1944), qui est l'un des photographes documentaristes les plus connus aujourd’hui en Europe, et dont les champs de recherche sont la ville et le paysage industriel ; mais aussi avec des photographes régionaux, à travers une grande exposition collective intitulée Nord(s) : regards croisés au Palais Rameau.
La diversité des lieux, alliée à la gratuité de l’événement, est réaffirmée pour cette dixième édition, afin de continuer de proposer un festival qui favorise l’accès de la photographie contemporaine au plus grand nombre.
Comme lors des éditions précédentes, je suis heureux et fier de présider à nouveau les Transphotographiques pour cette année anniversaire, et je tiens à remercier ceux qui ont soutenu depuis l’origine cette formidable aventure, en particulier les collectivités territoriales qui portent aujourd’hui le dynamisme de ces multiples « Nords ».

Je tiens surtout à saluer l’idée et l’entreprise au long cours de son Directeur fondateur, Olivier Spillebout, grâce à qui, d’année en année, nous avons pu progresser chaque mois de mai et de juin dans le temps et l’espace des grands thèmes de la photographie contemporaine (mode, cinéma, transformation, nature, territoires…) et des grands photographes (Lindbergh, Ronis et bien d’autres) ou des jeunes créateurs, pour le plus grand plaisir de tous.

Le festival, chacun en est conscient aujourd’hui, contribue de façon libre et audacieuse au rayonnement trans- culturel de notre région. En retrouvant le(s) Nord(s), il joue cette année avec son anniversaire et avec son origine, et nous rejoue à sa manière sa partition du dialogue vital et fondateur entre ancrage régional et désir d’ouverture à la diversité culturelle.

Bertrand de Talhouet
Président du Festival
 

Françoise Paviot et Gabriel Bauret

Objectif Nord(s) 

Une pluralité de points de vue, de styles, de sensibilités, d’époques, compose cette dixième édition des Transphotographiques. Pluralité de lieux également, accueillant les expositions qui en constituent le programme et s’organisent autour de plusieurs axes : un hommage à un photographe de réputation internationale au Palais des Beaux-arts, les grands espaces du Tri Postal consacrés à la photographie contemporaine, l’Hospice Comtesse abritant des documents qui racontent une histoire en même temps qu’ils constituent notre patrimoine photographique. Quant au Palais Rameau, il accueille un ensemble de photographes, jeunes pour la plupart, ayant répondu à la proposition qui leur avait été faite de soumettre des travaux sur le thème du Nord. Il faudrait encore citer nombre d’expositions collectives et individuelles qui sont autant d’événements sur la carte de la région et qui émailleront pendant un mois cette édition des Transphotographiques dédiée au territoire du Nord.

Le Nord est une région particulièrement riche en fonds photographiques et de nombreuses institutions conservent des fonds anciens parmi les plus prestigieux. Il était important de montrer, à côté des images contemporaines, quelques unes de celles qui,  au fil du temps, ont insensiblement marqué l’imaginaire, constitué une mémoire collective,  développé un langage fédérateur des représentations. En collaboration étroite avec Martine N’Milli (1), une recherche a été effectuée dans le fonds  Pasquero, photographe industriel du début du XXème siècle, dont les archives et le matériel d’atelier sont conservés à l’Hospice Comtesse. Il fallait faire un choix dans cet ensemble de plus de 17 000 images et d’un commun accord,  nous avons choisi de travailler sur le thème des ressources industrielles. Nous avons trouvé des photographies à la fois passionnantes par la quantité d’informations qu’elles nous livrent, mais aussi étonnantes de modernité. 

En regard de la présentation des photographies que  Jean Marquis a réalisées dans les années 1950 sur la Deûle de son enfance, Isabelle Duquenne  (2) a imaginé, de son côté,  constituer un parcours autour de cette rivière qui a joué et joue encore un rôle important dans l’histoire de Lille et de sa région. Partant de l’exceptionnelle collection de la Bibliothèque municipale de Lille dont elle est le Conservateur, Isabelle Duquenne a composé un parcours autour de la Deûle avec des images issues du Fonds Lefebvre  datées pour les plus anciennes de 1855. A plus de cent années d’intervalle, ces deux ensembles se révèlent à la fois être de précieux documents dont la lecture nous passionne mais aussi des œuvres qui participent de l’histoire de la photographie.
John Bulmer quant à lui est un reporter, originaire du Royaume Uni, habitué des commandes pour la presse. Après avoir posé son objectif sur les régions minières du Nord de l’Angleterre, il a poursuivi, dans les années 60,  ce sujet qui lui tient à cœur dans la région de Lille et Arras. Comme nous l’avait suggéré judicieusement Renato et Mirando Casciani ( 3 ) , ces images pourront être également intéressantes à mettre en regard avec celles de Marie-Noëlle Boutin présentée au Tri Postal.

Proposer un festival de photographie, c’est bien sûr exposer des images mais c’est aussi montrer comment elles prennent naissance. Si les ateliers photographiques comme celui de Jean Pasquero, dont une partie du matériel est présenté en situation dans l’hospice Comtesse, sont devenus beaucoup plus rares, les commandes aux photographes par contre restent une source importante de travail et d’images. Les photographies de Marie-Noëlle Boutin, Florence Chevallier, Anne-Marie Filaire, Bogdan Konopka, Jürgen Nefzger, présentées au Tri Postal,  sont là pour en attester. Elles ont pu être réalisées  grâce à des Institutions régionales, comme le Musée des Beaux-Arts de Dunkerque, l’Espace 36 ou le Centre régional de la Photographie. Les exposer est aussi rendre hommage à leur engagement vis-à-vis de ces photographes.  Il est intéressant de voir dans ces images comme face à  la notion de commande, le photographe use de sa liberté pour répondre à la fois à une demande mais donner également forme à sa propre vision du territoire.

D’autres photographes par contre, sans chercher immédiatement un commanditaire,  vont devancer une demande potentielle et se lancer dans l’aventure, seuls, ou bien,   avec le soutien d’une Agence ou d’une galerie. C’est ainsi que Patrick Tourneboeuf, présent à la fois au Tri Postal et à la Maison de la Photographie a choisi de développer dans la région Nord des sujets qu’il poursuit sur l’étendue du territoire français : les Monuments aux morts,  les bords de mer. Il présentera également une série de photographies  réalisées il y a plusieurs années et montrées pour la première fois  cette année sur Les cheminées des habitations de mineurs, « symbole de la fonction, de l'usage, du social et de leur  mémoire ». Jean-Christophe Béchet lui aussi s’interroge et poursuit une réflexion à long terme : « A quel moment se dit-on je suis dans le Nord ?  » pour affirmer ensuite « La photographie doit toujours contester les réalités administratives  pour faire émerger des territoires intimes… » . A la suite de la commande réalisée dans la cadre de France 14 et présentée l’an passée à la Bibliothèque nationale de France, il a choisi d’approfondir  sa recherche et nous livre ici des images inédites.

En plus du plaisir de découvrir et de lire des images, ce vaste parcours des Transphotographiques  est aussi l’occasion de montrer le travail de ceux qui  font les photographies, de ceux qui les produisent, les conservent, les gèrent et les exposent. Chaque image a  une histoire, certaines rejoignent celle de l’art,  d’autres  ne restent qu’un simple document, mais toutes ont une vie propre qui ne laisse jamais insensible.

Voyages dans le temps et le territoire

Dans les années cinquante, Jean-Philippe Charbonnier travaille pour le magazine Réalités : il réalise des reportages sur les familles des mineurs et des ouvriers du textile. Charbonnier incarne une photographie documentaire très caractéristique de cette période de l’après-guerre, tant par les sujets traités que la forme adoptée. Ce travail sur le Nord, qu’il étendra jusqu’en Belgique, constitue l’une de ses premières commandes importantes. Quelque trente ans plus tard, la photographie documentaire s’est approprié d’autres sujets, notamment le paysage. Dans le cadre d’une mission pour la Datar, Gabriele Basilico parcourt les bords de mer, de la frontière belge au Mont-Saint-Michel, et explore la diversité de ce territoire ; il produit un inventaire des plus complets sur les constructions qui jalonnent la côte. En complément de la présentation de sa mission, un accrochage rétrospectif apportera un éclairage sur l’ensemble du travail de ce photographe italien qui est aujourd’hui l’un des plus réputés dans le domaine du paysage urbain.
Lors de la décennie suivante, au début des années quatre-vingt-dix, JS Cartier photographie, dans un esprit aussi méthodique que celui de Basilico, les différentes traces de la Grande Guerre, en suivant la ligne de front, de la Mer du Nord à la Suisse. Des reliefs dans le paysage révèlent la présence de tranchées, mais le photographe retrouve aussi, au beau milieu d’une ferme ou de la rue d’une ville, des éléments d’architecture militaire.
Hervé Dorval s’intéresse également aux éléments d’architecture qui nous renvoient à un passé : le patrimoine industriel et minier de la région du Nord et l’habitat de la société vivant de cette économie. Les bâtiments changent aujourd’hui de fonction, sont rénovés, réhabilités ou même rasés. Dorval raconte de l’intérieur - il vit et travaille dans le Nord - cette constante mutation. Les paysages ont d’autres histoires que la photographie nous aide à mettre en lumière. Valérie Broquisse promène son regard sur ceux des stations balnéaires après la saison estivale. Ses images disent le vide, l’absence qui suit le bruit et l’agitation.
Nicolas Fussler, quant à lui, longe la frontière entre la France et la Belgique : il nous propose un inventaire scrupuleux des architectures de ces postes frontières qui ont perdu leur fonction et sont parfois livrés à d’étranges reconversions. Autre parcours qui implique également la Belgique : celui que Gilles Cruypenynck a suivi, de la source de l’Escaut jusqu’à la Mer du Nord. Il a photographié l’étonnante transformation de ce qui n’est au début qu’un petit cours d’eau et la diversité des paysages alentour. Belgique encore, avec deux travaux très différents : celui conçu par Anne Favret et Patrick Manez, qui concerne Bruxelles et s’inscrit dans un projet plus vaste sur les métropoles européennes. Il y est question d’architecture et de société : comment vit-on dans une ville ? Quant au projet de Frédéric Lecloux, il questionne le destin de l’identité belge. Le sous-titre « À la recherche de la Belgique » est comme un signal lancé par ce Belge expatrié en France.
Retour à Lille avec les « Origènes » de Claude Mollard : le regard ludique qu’il porte sur certains détails de la ville emmène sa photographie vers une enquête inattendue à propos de l’identité culturelle de la métropole.

Plus encore que lors des années précédentes, c’est à une grande fête de la photographie que le public est aujourd’hui convié. Cette édition des Transphotographiques s’ouvre à toutes les photographies, mêlant des préoccupations artistiques très actuelles à des images dont la vocation est essentiellement documentaire, des démarches plastiques à des projets conceptuels, des visions de l’extérieur, voire de l’étranger, à la pratique de celles et ceux qui observent au quotidien la région de l’intérieur. Et bien évidemment, les images du présent rencontrent celles du passé.

Françoise Paviot, Gabriel Bauret
Commissaires des expositions 2011

1. Responsable des collections photographiques de l’Hospice Comtesse
2. Conservateur et Directrice des Bibliothèques de Lille
3. Responsables de l’Association Les Lieux



Ericka Weidmann

L'exposition NORD(S) : REGARDS CROISÉS rassemble 80 photographes de différents profils et de tous horizons. Cette exposition collective propose au visiteur un véritable voyage photographique, au cœur même du Nord. Le Nord, dans sa vision la plus vaste et la plus riche, ne se limite pas uniquement à la région du Nord-Pas-de-Calais, il s'étend incontournablement aux pays voisins comme la Belgique et les Pays-Bas, et s'élargit également jusqu'à l'Islande ou même le Canada. Cet hommage à la région Nord nous offre une vision à 360° de cette région mère du festival des Transphotographiques.

À chacun d'établir son propre itinéraire.
Au coeur de l'exposition sont présentés de nombreux sujets sur la région Nord. Tout d'abord, avec son sujet En friche, Antoine Bruy s'est intéressé aux départements du Nord et celui du Pas-de-Calais. Avec ses 4 millions d'habitants, la région est la deuxième plus peuplée de France après l'Île-de-France. Le photographe y saisit des instants de vie du bassin minier. C'est ensuite au tour de Cindy Lelu et Hubert Bouvet de se pencher sur les paysages de terrils avec pour la première, une série de paysages sur le retraitement de l'exploitation postminière, et pour le second un travail en noir et blanc très contrasté au décor étonnant de ces entassements de déblais. 
Nous nous arrêtons en chemin, et figeons le temps avec les paysages imaginés par Virginie Maillard : ces lieux abandonnés de toute présence humaine dans lesquels l'artiste incorpore des éléments contemporains, créant ainsi une dimension troublante et fascinante à la fois. Suivi du travail de Pascal de Lattre "maisons closes" : ces images détaillent avec force, les textures décrépites des façades austères de ces habitations, où toute forme de vie semble disparue…
Le littoral du Nord est exploré par Bastien Defives et Léopold Guillemin avec des photographies en couleur où l'un dresse le constat de la transformation du littoral par la planification humaine depuis un demi-siècle, tandis que l'autre emprisonne les personnages dans un décor entre continent et mer. François Delebecque, met en valeur les tours de lumière, puissances symboliques, archétypes du chemin à suivre avec ses photographies de phares du Nord.
Ensuite, nous partons à la rencontre de l'Humain, avec Pascal Bachelet et ses Vies d'ici, une série de portraits prise dans un petit village de Picardie, au côté d'une seconde série Elle au Pluriel de Magali Delporte. Elle dresse le portrait des habitantes de 24h à 101 ans de la municipalité de Saint-Amand-les-Eaux. Isabelle Alexandra Ricq quant à elle, s'intéresse aux plus belles femmes, aux hommes les plus forts, aux petites filles les plus adorables…. en suivant les concours de beauté qui sont légions dans la région Nord.
Lille, surnommée la Capitale des Flandres, et ses alentours est bien entendu présente au sein de cette grande exposition collective avec les pérégrinations urbaines en noir et blanc des travaux de Julien Legrand, Vincent Mayes et Cédric Dubus. Max Lerouge a photographié le chantier d'Euralille : depuis les premiers jalons du géomètre à la réalisation finale d'un quartier qui s'inscrit peu à peu dans la ville. Alexa Brunet explore le monde de la nuit, elle est partie à la rencontre des protagonistes de cette grande insomnie pour ramener des images hautes en couleur figeant les noctambules de Lille et de ses alentours.
Poursuivons notre promenade, en passant par notre pays voisin : la Belgique. Tout commence par la frontière franco-belge : Sophie Bridelance a parcouru les 200 km de frontières séparant les deux pays, cette ligne où rien ne se passe, du moins en apparence, afin de définir les zones d'équivalences entre ces deux pays frontaliers. Claire Schneider a suivi une autre frontière : celle qui est invisible, celle qui divise le Belgique du Nord au Sud pour faire un état des lieux, et mettre en valeur la richesse culturelle de ce pays et de ses paysages en pleine mutation. La jeune photographe, Anne-Sophie Costenoble est partie à la rencontre de famille d'agriculteurs pour capter en noir et blanc l'essentiel d'une passion, d'un métier qui tent malheureusement à disparaître…
David de Beyter présente un extrait de sa série Edifices, une réflexion, à travers l'habitat, dans son rapport au paysage, sur les liens qu'entretiennent l'imaginaire et la réalité. Ses photographies montrant des toits de maisons émergeant de terre, créent un trouble étrange dans ce paysage imaginaire.
Pour finir, le collectif de photographes Transit a parcouru le pays en 7 jours à l'occasion de la fête nationale du 21 juillet et en a ramené des images qui tentent de dresser un portrait de ce territoire politiquement fragile. 
Pour continuer notre exploration, allons plus au nord, nous perdre dans les images de Régis Feugère où les sombres forêts d'un nord fantasmé nous enveloppent. Merel't Hart et Luk Vander Plaetse nous présentent une série de photographies réalisées aux Pays-Bas, où les baies vitrées sans rideau nous laisse entrevoir l'intimité des habitant telles des fenêtres ouvertes sur des scènes de vie : une notion de pudeur et une forme de liberté individuelle bien différentes de celles de la France. Pascal Felloneau et Christopher Taylor nous emmène en Islande : A Akuyeri pour le premier, dans la plus grande ville portuaire du nord de l’Islande et sur l'archipel Westman pour l'autre. Christopher Taylor pose son regard sur une petite île de 10km2 qui a la particularité d'avoir des conditions climatiques particulièrement changeantes, balayées par le vent et sculptées par les vagues : ces images sont comme des points fixes autour desquels le monde tournerait.

Bon Voyage...

Ericka Weidmann

Commissaire d'exposition


Olivier Spillebout

Les Trans, c’est avant tout l’histoire d’une aventure photographique…
L’envie de créer, d’assembler, de montrer des images sur un territoire qui en 2001, se destinait à devenir trois ans plus tard Capitale Européenne de la Culture.
Par passion pour l’image, et par une envie très forte d’ouvrir un nouvel espace d’expression dans le champ de la création photographique contemporaine, le premier festival Transphotographiques a été créé en mai 2001.
Des premières éditions, jusqu’à aujourd’hui, l’ambition et l’enthousiasme sont restés intacts. Les Trans ont recherché chaque année cette subtile alchimie d’association d’images,
d’association d’artistes, au sein d’une édition thématique annuelle de haut niveau, avec des travaux parfois très différents, et des lieux d’exposition l’étant tout autant.
Un défi majeur relevé par le festival est d’avoir réussi à amener ce que nous appelons communément «les Grands Photographes» sur notre territoire, de Peter Lindbergh à Willy Ronis,
de Georges Rousse à Bettina Rheims, de François-Marie Banier à William Klein ou encore de Sabine Weiss à Peter Knapp…
et aussi tous les artistes moins connus, qui sont venus chaque année confronter leur travail à celui de la jeune création internationale.
Car les Trans c’est aussi cela, mettre en avant, dans la programmation officielle ou le off, tous ces jeunes photographes, du Nord Pas de Calais mais aussi d’Italie, de Pologne, de Suède, et de tous les pays d’Europe.
Ces jeunes photographes qui annoncent déjà les talents de demain…
Un autre défi a été d’affirmer la place de la Photographie dans un paysage culturel dominé par le spectacle vivant et la peinture.
Faire entrer la Photographie non seulement au Palais des Beaux-Arts de Lille, deuxième musée de France , mais aussi dans des lieux de vie, dans des anciennes usines, et dans des églises ou même des cathédrales, tel est le pari réussi par les Transphotographiques ces dix dernières années.

Ces éditions du festival se sont nourries de souvenirs forts, tous plus enrichissants les uns que les autres sur le plan humain tout comme sur le plan artistique.
Nous nous souvenons par exemple de la générosité de Peter Lindbergh accrochant avec nous un soir à 23h alors que notre staff technique était complètement débordé,
ou encore de l’audace de George Rousse, habitué aux commandes des plus grands musées internationaux, qui nous a fait l’honneur de créer une œuvre dans notre lieu en friche, aujourd’hui Maison de la Photographie.
Nous avons été aussi marqués par la venue de François Marie Banier, qui nous a tant aidé dans la réalisation de cet accrochage inédit, dans la crypte de la cathédrale de la Treille, fermée au public depuis plus 20 ans et qui n’avait jamais accueilli de photographies.
Quel bon souvenir aussi pour nos visiteurs, que le grand William Klein qui nous a charmé et fait vivre des moments inoubliables pendant deux semaines, alors que nous l’accueillions en résidence pour une commande photographique avec tous les acteurs de la Ville de Lille.
On ne peut que multiplier les images qui nous restent de ces moments exceptionnels, sans oublier les empreintes que nous ont laissées Sabine Weiss ou Willy Ronis, véritables icônes de l’ histoire photographique française…
Je tiens aussi, dans cet edito des 10 ans des Transphotographiques, à rendre un hommage spécifiques aux photographes de notre région : depuis 2001, j’ai choisi de donner chaque année une place particulière aux artistes de Lille et de la Région. A travers des expositions, des commandes, des rencontres, il a toujours été important pour moi que les talents d’ici soient mis en lumières, aux côtés des artistes français et internationaux exposés. Je ne peux pas tous les citer, ils sont trés nombreux à avoir participé à l’aventure, mais je sais qu’ils sont des soutiens essentiels et des relais précieux au sein des réseaux de création artistique de notre territoire. Merci de leur confiance, merci de la qualité de leur travaux, merci de l’énergie positive qu’ils dégagent, et qui nous a portés trés haut.

Au-delà des artistes, cette année anniversaire nous engage à saluer en particulier nos commissaires d’exposition, Jean Luc Monterrosso, Anne de Mondenard, Françoise Paviot, Gabriel Bauret et tous les autres, qui ont participé et aidé à cette montée en puissance et au rayonnement du festival au fil du temps… Ils sont toujours là encore aujourd’hui à nos côtés, avec professionnalisme et bienveillance.

En tant que Directeur et créateur des Transphotographiques, je remercie tous les Photographes, Galeristes, Partenaires Privés, tous les amis, tous les acteurs culturels, et surtout tous les visiteurs, les fidèles comme les plus récents, qui ont accompagnés les 10 dernières années et seront là encore en mai-juin 2011 pour découvrir la programmation consacrée au Nord.
Je souhaite aussi saluer l’engagement de Bertrand de Talhouet, notre président, qui depuis plusieurs années, nous conseille et nous oriente pour améliorer la qualité des festivals successifs, et surtout l’ouvrir au plus grand nombre.
Avec la petite équipe des Transphotographiques, ceux qui sont là depuis longtemps, comme ceux qui y ont passé quelques années, nous avons partagé des moments de travail et de construction intenses, et nous pouvons être fiers du chemin accompli.
Enfin, je témoigne ma reconnaissance à l’ensemble des collectivités territoriales qui depuis le début ont accompagné ce challenge culturel : la Ville de Lille, la Région Nord Pas-de-Calais, et Lille Communauté Urbaine.
Un mot particulier pour Martine Aubry, Maire de Lille, qui dès son arrivée a permis l’émergence de ce nouvel événement culturel. Avec sa fine connaissance de l’art contemporain et sa sensibilité à la photographie, elle a suivi son évolution avec attention jusqu’à cette année anniversaire encore. Un mot également à Daniel Percheron et aux élus du Conseil Régional (Catherine Génisson et Pierre de Saintignon), qui ont très tôt compris l’intérêt euro-régional de notre action culturelle et son rôle dans le rayonnement international de la région. Je pense aussi aux élus qui se sont impliqués à des moments-clefs du développement du festival : Ivan Renar qui nous fit confiance et qui engagea la Région dès la première année à nos côtés, Jean-Michel Stievenard à la Communauté Urbaine, Martine Filleul pour les relations internationales de la Ville et Catherine Cullen à la Culture, et bien d’autres élus dans d’autres villes ou territoires, comme Stefaan De Clerck pour Courtrai, Dominique Riquet et Patrick Roussies pour Valenciennes … Je pense enfin aux services de la culture des trois collectivités, qui ont accompagné la lourde partie administrative de la gestion d’un tel événement, avec une pensée particulière pour Laurent Dréano, Floriane Gabriels, Annick Lesschaeve, Laurent Poutrel, Alain Tapié, François Rohart et Gilles Pette.

Je n’oublie pas les partenaires privés, au premier rang desquels la Presse, avec le Groupe La Voix du Nord, qui est partenaire depuis les premières éditions et permet ainsi qau plus grand nombre de suivre les actualités du festival et la venue des artistes à Lille.

Sans eux, sans cette forte implication dans l’accès à la culture pour tous, les Transphotographiques n’auraient pas existé, et notre métropole n’aurait pas aujourd’hui un festival reconnu au niveau national et international,
au sein d’un territoire qui aujourd’hui rayonne au-delà de ses frontières par toutes ses forces culturelles.

Olivier Spillebout
Fondateur du festival

 

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