Gilles CRUYPENYNCK " Travelling Escaut "


La source de l’Escaut à Gouy (Aisne) © Gilles Cruypenynck


De la source à la mer

Ça fait longtemps qu’il avait envie de rendre hommage à l’Escaut, le fleuve des industriels, des industrieux et des poètes. Quand j’ai fait sa connaissance, il y a vingt-cinq ans, sur une prise de vue publicitaire, il m’a parlé du poème d’Henri Michaux. Cet automne, je lui parlai de celui de Franck Venaille. Et voilà, à son tour, il s’est mis à descendre l’Escaut.

Mais je ne crois pas que ce soit l’Escaut des poètes qui l’émeuve le plus. Je dirais que c’est le fleuve des industrieux - quand on n’a pas à dire ce qu’on vit, juste à continuer.

Les industrieux ne possèdent souvent que le paysage où ils travaillent : l’Escaut des jours ouvrés et des jours désœuvrés, l’Escaut des usines, des pique-niques d’été, des guerres perdues et des kermesses gagnantes. Demain dure longtemps, de drapiers anversois en usines désaffectées. Le blé et le lin continuent de pousser.

Gilles Cruypenynck photographie cette chair de l’Escaut, la chair de tous les industrieux qui halent leurs vies le long de ses rives, les yeux de temps à autre allumés par le ciel. Au bout du bout, un container, des grues, l’Europe mélancolique en son grand port.

Photos vides de gens : ne pas le croire. Le photographe a bien tiré le portrait des industrieux. Chaque paysage est l’un d’eux qui file son chemin, qui part au boulot, qui rentre au chaud, qui rentre au froid. Chaque paysage est en chemin. Vers la supérette, le bistrot, l’école, le chantier, les docks. Et c’est l’hiver. Avec un ciel qui ne se lève pas. Un autre qui bat la campagne. Un grand bleu qui carillonne le soir. On se gèle un peu. Froid mouillé ou vent.

Photos vides d’action : ne pas le croire. Chaque paysage est au travail. Les lumières racontent tout : le diesel d’une péniche au loin, la vie comme elle va. Les jours où le ciel plombe l’Escaut, et les jours inverses où l’Escaut s’évapore au ciel. Les matins où il n’y a qu’à attendre que ça passe et les soirs glorieux qui donnent envie de larguer les amarres.

Gilles dit que son approche photographique est « bicéphale ». Visage de l’Escaut en ciel, visage de l’Escaut en terre. Et visages qui se dédoublent, route en ciel, ciel contre terre… Contre, dedans, avec.

Il dit aussi que ce n’est ni un documentaire ni de la poésie. Un entre-deux intuitif, un vieux rêve à lui.

Moi, je dis que c’est l’Escaut, corps et âmes.


France Billand, écrivain et sémiologue


 
 


Exposition du 26 mai au 26 juin 2011 " Travelling Escaut "

Vernissage le samedi 28 mai 2011 à 17h
Exposition au Tri Postal - Avenue Willy Brandt - Lille
Tél. 03 20 14 47 60

Ouvert du mercredi au dimanche de 10h à 19h

 

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