Anna SOLÉ " Poses & Dé-poses "


© Anna Solé

La danse et l’image arrêtée forment une antinomie évidente. Le mouvement excède le cadre ; il n’y a d’image que par le cadre. Que peut alors apporter l’artiste photographe à la danse ? que peut-il en faire au-delà du simple décalque de ce qui se donne à la perception ?
comment l’image peut-elle n’être pas reproductrice mais créatrice, à partir d’un donné artistique déjà fort en lui-même ? Anna Solé s’est progressivement posée ces questions au fil de son expérience avec les danseurs de Carolyn Carlson. Si au départ, sa mission était précisément de capter des traces des oeuvres conçues par la chorégraphe, son art de portraitiste l’a assez vite rappelée à d’autres exigences. S’approcher du corps au travail, partager l’espace
scénique, l’investissement de lieux qui ne prennent identité que par les impulsions et trajets accomplis par les danseurs finissait par faire de l’objectif photographique un témoin, entré comme par effraction dans l’intimité d’un geste dansé naissant.
Le vocabulaire de la danse use de la notion de pose mais le danseur ne pose jamais. Le saut se conclura par un retour au sol : comment l’image donnera le sentiment de gravité, de poids ? Ce qu’il s’est agi alors de portraiturer, ce ne fut plus des corps, des expressions, des sujets mais une relation à l’espace, une apesanteur, une énergie et, par l’arrêt du cliché, de donner réalité à un corps morcelé. C’est au final, un irréel imaginaire qui se dépose dans les images comme en hommage à toute démarche créatrice. Alors, on s’éloigne de plus en plus de la simple et belle photographie de plateau. Flirtant avec les lumières et les textures de la peinture classique, Anna Solé orchestre la musique de Carlson en la transposant dans ses problématiques de portraitiste.
La danse est aussi un art du souffle. Retenir, ralentir, expirer, accélérer, bloquer, relâcher, etc. Du visage contre une vitre aux sauts contre les murs, les images donnent à entendre ce grand phrasé du mouvement. C’est alors la conscience du geste ou de la posture qui devient lisible, ligne s’il en est du travail de Carolyn Carlson. Un irreprésentable est alors suggéré et la photographie rejoint en toute innocence les préoccupations chorégraphiques les plus difficiles. La photographie ouvre à la découverte d’une source organique dont chacune des images restitue un fragment. Si Maurice Blanchot rappelait avec raison qu’une oeuvre n’est là que pour nous conduire à la recherche de l’oeuvre, les photographies d’Anna Solé sont là comme invitation à explorer, par d’autres voies que celles du spectaculaire, celle de Carolyn Carlson et au-delà peut-être.

François Frimat

 
 


Exposition du 26 mai au 26 juin 2011 " Poses & Dé-poses "

Vernissage le vendredi 3 juin à 18h30
Exposition à la Manufacture des Flandres - 25 rue de la Prudence - Roubaix
Tél. 03 20 20 98 92

Exposition visible du mardi au dimanche de 10h à 19h.

 

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