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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Courrier de l’Escaut : Caroline Léger, traqueuse de musiques

Courrier de l’Escaut : Caroline Léger, traqueuse de musiques

Incluse dans la cinquantaine d’expositions organisées à Lille et aux environs par les « Transphotographiques »

RÉSERVÉE cette année aux fem­mes, la manifestation rassem­ble une flopée de talents internationaux. Caroline Léger, lauréate du concours photo de notre journal, fit ses études de photographe à l’athé­née Vauban d’Ath avant de passer par Saint-Luc à Ramegnies-Chin. Elle propose une série de clichés de musiciens et de chanteurs saisis sur le vif lors d’une de leurs presta­tions à l’Aéronef lillois. Elle surprend les êtres en action, quand ils sont en communication avec un public, pour les restituer dans des éclairages faits d’artifices, comme ceux de la scène. Dans des tonalités rougeoyantes, où des lambeaux de lumière jaune viennent se jeter, Léger semble sculp­ter ses personnages, leur donner le re­lief des trois dimensions. C’est le cas pour Christian Vander Sixun lui-même modelant son sax, Bruce Joyne en plein combat avec un vi­sage tendu.

Les dominantes sont parfois jau­nes. De Peter Kingsberry, elle retient, en plan très rapproché, le bras de l’homme et son piano, l’un et l’autre étant instruments au service de la musique. Pour Mano Negro, de plus loin, elle capte une foule en fusion avec les rythmes, silhouettes dorées face aux artistes.

Puis voici Doudou N’Dyaye Rose au sein du rouge et du jaune, visage crispé, baguette entre les dents, dans la nudité de l’effort et les éclats de sa sueur, en contraste avec la géométrie régulière des motifs de son pull. Ou Patrick Coutin, au visage binaire entre écarlate et mauve, entre clair et sombre, soutenu par les obliques entrecroisées de ses micros, du man­che de sa guitare. Ou encore, ce gros plan sur des objets, photo quasi abstraite où la luminosité éclate en bulles.

Quelques instantanés sont plus classiques. VRP, avec ses artistes en enfilade, sorte de cohésion hiérarchi­sée. Puis Les Thugs ou Geoffrey Oryema inscrits au creux de l’intime, en tête à tête avec ce qu’ils chantent ou jouent.

Moon à Lille

Sarah Moon traite ses photos à la façon de l’aquatinte.
Elles en ont les tons aux subtils dégradés de gris, la douceur sen­suelle de la matière, des déborde­ments hors cadre comme si la presse avait fait s’écouler l’encre.
Le réel saisi se trouve en fusion avec son décor, dilué dans l’atmos­phère créée. Chaque sujet apparait à la limite d’un mirage, d’une illusion, vu en quelque sorte au sortir d’un rêve lorsqu’on se frotte les yeux afin de savoir si on dort encore.
Plus qu’un être, un objet ou un paysage, importent les rapports entre éléments. Tel pavement et le pelage d’un guépard. Telles plumes de paon et des feuilles. Telle écume et son brise-lames ostendais. Une fausse limite entre terre et ciel, lopin et végé­taux. Et parfois, le rapport à faire avec ce qui manque et se trouve hors champ, manière quasi métonymique de définir un individu, une chose ou leur état.

Michel VOITURIER

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