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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Voix du Nord : Jane Evelyn Atwood : « Témoigner, changer les choses »

Voix du Nord : Jane Evelyn Atwood : « Témoigner, changer les choses »

« Femmes en prison », dix ans de reportage exposés au musée Comtesse à Lille

Les images sont du­res. D’une violence crue, accentuée par le contraste et les éclaira­ges de ces scènes pui­sées dans le quotidien des femmes emprison­nées. Témoin engagé, Janet Evelyn Atwood ne fait jamais les choses à moitié. Elle nous ra­conte pourquoi elle a consacré dix ans de re­portage au « plus ex­trême des mondes clos ». celui des « Fem­mes en prison ».

En amont de ce repor­tage, « un travail administra­tif incroyable », explique la photographe new-yorkaise qui a dû concentrer son ac­tion sur les États-Unis, l’Eu­rope et l’Europe de l’est. Mais l’obstination est une qualité chez cette femme qui ne conçoit le travail « qu’en profondeur » et « ne se définit pas comme une militante » mais accepte le terme « engagement ».

S’engager à fond

« L’idée d’enfermer quel­qu’un est en soit atroce même si la plupart est cou­pable. Une fois enfermés, va-t-on oublier ces hommes et ces femmes qu’on traite comme des animaux ? Beaucoup sont malades, doivent être soignés, édu­qués. Et dans • quel état vont-ils sortir ? », dit-elle en préambule.

Femme, elle a choisi les femmes par affinité sans doute mais aussi « parce que 80 % des femmes qui sont détenues n’ont pas commis d’actes de vio­lence. » Toutes les études le prouvent : « La violence est rare chez les femmes qui gé­néralement ne tuent que pour se protéger elle-même ou pour protéger leurs en­fants. Pour elles, c’est le der­nier recours. »

La peine de mort ? « J’ai réussi avec beaucoup de dif­ficultés à approcher deux femmes condamnées à ‘non. Et je pense que mon travail n’aurait pas été com­plet sans cela », assure Ja­net Atwood qui se posi­tionne sans équivoque : « La plupart des gens qui sont condamnés à mort l’ont bien mérité mais on ne peut pas accepter que cette punition suprême sont institutionnalisée et que l’État s’arroge le droit de tuer. »

L’une des images les plus fortes de son travail est celle d’une femme en train d’accoucher, menottes aux poignets. Une photographie qu’elle a attendue long­temps et qui, pour être sai­sie, a bénéficié d’un coup de chance : « Je savais que ces pratiques atroces exis­taient, comme elles existent aussi en France, mais on n’avait jamais vu de photo. Comme mes rendez-vous étaient pris des mois en avance, je tombais toujours mal. Sauf cette fois-là. La fille accouchait après sept mois de grossesse. »

Quand il est témoin en­gagé, le photographe de­vient aussi chasseur. Il cons­truit pierre par pierre et par­fois il sait qu’il faut une clé de voûte comme cette image d’une femme entra­vée donnant la vie. « Beau­coup de ces femmes res­tent belles », note au pas­sage Janet Atwood comme pour insister sur « le respect qu’on leur doit comme à tout être humain. Je ne les ai pas regardées différem­ment parce qu’elles étaient détenues », ajoute-t-elle. Il lui est aussi apparu que l’écrit devait venir en renfort de l’image : « C’est pour­quoi j’ai fait un livre dans le­quel sont rassemblés des ré­cits, des témoignages, des interviews. Bien sûr, la photo doit être forte, tenir debout toute seule mais le texte permet de donner une autre information. »

De même, elle ne cher­che pas l’esthétique : « Je n’y pense pas, je cherche la meilleure photo possible qui est à la fois esthétique, intuitive, intellectuelle. Rien .n’est dû au hasard, rien n’est offert. Il s’agissait de faire passer cette détresse que j’ai ressentie. Je ne fais pas du « fine art’, le but est d’informer, de témoigner et de changer les choses. »

Détresse partagée

Mettre un terme à ces dix années de reportage n’a pas été facile : « Ça a été triste malgré le sentiment que je ressentais d’avoir en­fin fait ce que j’avais désiré. Soudain la grande aventure enrichissante était terminée mais j’espère que ce que j’ai fait va aider les femmes emprisonnées. »

De fait, Amnesty Interna­tional s’est déjà saisi de quelques images fortes pour ses campagnes mais Janet Atwood raconte une anecdote significative : « Quand le livre e été achevé, je l’ai envoyé au di­recteur d’une prison do l’Alaska qui m’a répondu que ses gardiens avaient été choqués par les images. Ils venaient soudainement de prendre conscience de ce qu’ils faisaient et de la fa­çon dont ils le faisaient. » La photo comme un miroir.

 

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