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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Voix du Nord : Sabine Weiss, regard tendre et compassion

Voix du Nord : Sabine Weiss, regard tendre et compassion

 

Deux expositions lui sont consacrées à Lille : « Les hommes et leurs croyances » ou « Portraits d’artistes »

L’œil pétille, le sourire s’élargit… Sabine Weiss commence à parler de cet art qui a occupé toute sa vie : « Une vie bien remplie, pleine de belles rencontres, quel­quefois fugaces mais belles ». dit-elle en par­courant du regard les magnifiques tirages exposés dans l’église Saint-Maurice à Lille.

« Quand On m’a demandé cette exposition sur les hommes et leurs croyan­ces, je suis venue voir le lieu et j’ai fait mon choix parmi les images qui me plaisaient en fonction de ce lieu magnifique n, explique la photographe qui pré­sente un ensemble de cli­chés saisis entre 1953 et 1994 sur tous les continents mais montrant la même pro­fondeur du regard de l’ar­tiste. «J’adore les lieux som­bres. Moins il y e de lu­mière, plus je suis con­tente », assure-t-elle.

Compassion

Mais comment une femme se disant athée a-t-elle pu accumuler autant de témoignages de la dévotion des hommes ? « Quand je regarde mes archives, je m’aperçois que j’ai toujours photographié dans les égli­ses. Mais j’ai surtout beau­coup de respect pour les gens, croyants ou non, comme je respecte aussi un mendiant ou un clochard. Le mot qui m’anime, c’est la compassion. Face à un être très démuni, sourire, venir à lui, avoir un rapport ami­cal, se faire accepter en tant que photographe… »

Sabine Weiss qui a pour­tant beaucoup travaillé pour la mode et ces magazines américains aux images lis­ses se dit toujours « en quête de témoignage » et si elle voyage, ce n’est surtout pas pour trouver de l’exo­tisme ou de l’anecdote, tou­tes choses qu’elle évite avec soin. Suivre l’abbé Pierre, travailler un an sur les populations en Val de Marne, à Budapest ou à Taiwan… Peu importe le lieu, peu importe l’année, c’est toujours le même re­gard : « J’ai fait un jour un reportage sur New York. Une commande d’un grand journal. On m’a dit, c’est ex­tra. On dirait que vous avez photographié une ville fran­çaise. J’avais vu des choses qu’ils ne voient plus ».

Exposer des images n’avait jamais été une prio­rité pour Sabine Weiss qui se contentait de mettre ses photos dans des boites : « C’est à feint, que je dois ma première expo. Il m’a ap­pelé pour me dire qu’il avait tout arrangé pour une expo­sition à Arras. Je n’ai pas pu refuser. J’en ai parlé à Ro­bert Doisneau qui m’a expli­qué comment il fallait faire. Mais lorsque j’ai vu cette centaine de photographies, ça a été une révélation. Pour la première fois mon travail était en perspective et je me suis rendue compte des choses qui me touchaient. Je lui dois une fière chandelle ».

Ensuite les expositions se sont succédées dans le monde entier sans provo­quer une montée d’ego chez la photographe qui a portant fait des rencontres exceptionnelles et des por­traits qui ne le sont pas moins : Giacometti, Miro, Dubuffet, Picasso, Zadkine, César… Beaucoup de pein­tres, comme son mari.

A la librairie Solstices, elle expose quelques uns de ces portraits pour les­quels elle n’utilise pas de re­cette toute faite : « C’est comme ça vient. Cadrage serré ou mise en scène du décor, je n’ai aucun e priori », dit-elle avant de s’enflammer pour ses préfé­rences : «Les meilleurs por­traits, je les fais quand les gens sont en train de par­ler n. Quand ils s’animent et lancent des regards inten­ses.

Gentillesse

Sabine Weiss a tellement travaillé, tellement photogra­phié qu’elle redécouvre des images oubliées. Un por­trait de Miro retrouvé quinze jours avant l’exposi­tion : « Je ne le connaissais même pas n. Il arrive aussi que des images prennent de l’intérêt : « Parce que les regards ont changé ».

Grande par le talent, pe­tite par la taille (son seul re­gret de photographe est de n’avoir pas fait vingt centi­mètres de plus 1), Sabine Weiss reconnaît facilement qu’être une femme lui a faci­lité le travail l’approche des gens : « J’ai un regard gen­til et plutôt tendre n, assure-t-elle mais lorsqu’elle tra­vaillait dans la presse, « je me bagarrais comme les autres n, et il n’était pas rare d’entendre un cher confrère lui asséner un • : « Dites donc, ma telle dame, lais­sez travailler les profession­nels ».

En fait de p’tite dame, c’est sans aucune doute l’une de plus grandes du monde de la photo qui nous fait partager « ces choses qui la touchent » et dont elle témoigne avec acuité, sim­plicité et tendresse.

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