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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

20 Minutes : Génocide, survivre au fardeau du souvenir

20 Minutes : Génocide, survivre au fardeau du souvenir

Yolande Mukagasana, rescapée rwandaise. expose aux Transphotographiques

Alain Kazinierakis, photographe de l’exposition
Elle est très positive. Elle n’a jamais exprimé de sentiment de haine après avoir perdu ses enfants, sa chair. Elle parvient à ne demander que la justice, non la vengeance.

Jacques Delcuvettent metteur en scène de la pièce « Rwanda 94 »
Pour beaucoup le traumatisme est indépassable. Yolande s’est reconstruite dès qu’elle a pu communiquer, à travers ses livres. son exposition, la pièce de théâtre. Elle a réussi à faire quelque chose de sa souffrance grâce à ce dialogue avec le génocide. Il est son seul horizon.

Elle rit, serre ses visiteurs dans ses bras : sa maison est un havre. Yo­lande Mukagasana vit entre Bel­gique et Rwanda. Printemps 1994. le génocide. Elle a perdu ses trois en­fant, Nadine, 13 ans, Sandrine, 14 ans. et Christian, 15 ans. Depuis, elle a ouvert son foyer aux orphelins du massacre. Dix-sept d’entre eux âgés de 4 à 25 ans s’y sont réfugies. « Sans eux, je ne serais pas capable de me nourrir tous les jours », sourit-elle. Sur la carte d’identité de Yolande Mukagasana est inscrite son ethnie : tutsi. Une classification inventée par les colonisateurs, « Nous avons grandi en victimes et en bourreaux. Je sa­vais que je n’avais aucun droit, que je pouvais mourir d’un moment à l’autre ». Car avant le génocide, il y eut des pogroms annonciateurs. Elle devient infirmière malgré les obs­tacles, se marie et ouvre un dispen­saire à Kigali. Le 8 avril 1994, il est mis à sac. La famille fuit.« On s’est séparés le 13 avril. Pour essayer de se protéger, pour qu’il y ait au moins un survivant. Le jour même, mon mari a été tué. Il s’est sacrifié pour que les enfants puissent fuir. Yolande est cachée dans une maison proche, elle voit tout. « Les assassins sont arrives, ils ont rassemblé tous les voisins, ils ont fusillé tous les Tutsis Mon mari est tombé, il était blessé. Il s’est traîné vers notre mai­son. Ils sont venus le chercher, le frappaient, il tombait. Quand une machette lui a coupé la main. je me suis évanouie. » Un sanglot dans la noix. elle poursuit sa chronologie tragique. « Le 14 avril, ils ont torturé mes enfants sur le cadavre de mon mari. Le 15 avril, ils les ont tués. Le jour anniversaire de mon mariage. un jour de fête, j’ai tout perdu. »
Aujourd’hui elle raconte, pour ne pas devenir folle : livres, pièce de théâtre et cette exposition : « Ce gé­nocide était sans visage humain. J’ai voulu rencontrer les rescapés et les criminels. » Grâce à elle, ils pren­nent enfin figure.

Suzanne Legall; Photo : Cédric Dhalluin

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