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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Voix du Nord : Corps à corps avec l’eau

Voix du Nord : Corps à corps avec l’eau

Dans la série off des transphotographiques, Ruth Kaplan mérite une palme. « Bains » est une plongée intime dans les thermes, hammams et autres source d’eau du monde, près du corps.

Le « off » des transphotographiques n’est décidément pas à aborder comme une sous-catégorie du « in ». Car parmi les photographes ex­posés à Arras, la Cana­dienne Ruth Kaplan mérite une palme avec « Bains ». Une trentaine de photos consa­crées au rituel de l’eau dans le monde sont présentées au Quai de la Batterie, jus­qu’au 12 juin.

C’est un magnifique voyage dans le monde, à tra­vers les cultures et leurs ri­tuels de l’eau. D’un hammam familial du Maroc aux sour­ces d’eau chaude naturelles en Islande, la Canadienne promène son 6 X 6 comme ses propres yeux, avec hu­manisme. Elle s’attarde sur des espaces de bien-être en Californie, autant que sur des piscines médicales désuètes dans les pays de l’Est. Tou­jours sur des gens. Car de­puis la nuit des temps, par­tout, l’eau occupe une place fondamentale dans la vie de l’homme. L’eau et le corps humain entretiennent des rapports intimes qui relèvent du plaisir autant que du soin. Selon les civilisations sont ainsi nés des thérapies, des pratiques sociales et surtout des rituels avec leurs secrets. Le regard de Ruth Kaplan pro­pose de les observer tels quels, en noir et blanc, sans voyeurisme ni fausse pu­deur. Le corps y apparaît dans son entière réalité. Ainsi cette photo (ci-contre) qui montre une femme au corps disgra­cieux entrant dans une pis­cine thermale, à Marienbad en Tchéquie. Ruth Kaplan a saisi ce moment où une lu­mière divine enveloppe la silhouette. On la voit ma­lade dans sa chair et ayant peine à avancer le long d’une rampe, mais elle ne nous semble pas laide. On la regarde, ému, comme une sculpture immortalisée dans la quiétude. Plusieurs photos traduisent encore une idée du recueillement aquatique, là où le corps se délasse sans l’obligation d’être beau. Certains sujets semblent atteindre la pléni­tude comme cet homme flottant dans un havre de va­peurs islandaises ou celui qui a trouvé le repos al­longé sur le carrelage d’un hammam en Slovaquie. D’autres semblent vivre en sursis à l’épreuve de la mala­die, il n’y a plus que l’eau qui les soulage : une paraly­sée flottant dans une pis­cine de Californie ou ce ma­lade en immersion médi­cale en Roumanie.

Les voir ainsi vulnérables peut mettre mal à l’aise, mais le regard de la photo­graphe est si juste qu’il per­met de dépasser la gène. Elle dédramatise sobre­ment. La Canadienne a dé­buté son exploration des bains du monde en 1991. Partout, elle a su se fondre dans le décor aux côtés de ses sujets et sans jamais vo­ler leur image. Celle qui s’était fait un nom dans la photographie de mode sem­ble éprouver aujourd’hui une réelle passion pour le corps humain, loin des top-­models. Et l’eau n’est peut-être qu’un prétexte ?

Marguerite Castel

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