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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France

La Gazette NpdC : Sur la terre des images

La Gazette NpdC : Sur la terre des images

5E ÉDITION DES TRANSPHOTOGRAPHIQUES
La fête de la photo en Nord-Pas-de-Calais a débuté le 13 mai pour le festival off, et commence le 25 pour la programmation officielle. Une cinquième édition placée sous le signe du territoire et marquée par des moyens accrus pour cet événement qui s’impose comme un des grands rendez-vous culturels en région.

Midi dans un salon lambrissé de l’Hermitage Gantois à Lille. La traditionnelle conférence de presse des Transphotographi­ques se termine sur des mots ailés de Jean-Michel Stievenard, vice-prési­dent de Lille Métropole Communauté urbaine, partenaire de la première heure : « pour mon­trer la photo, le festival avec son étalement dans l’espace, sa concentration dans le temps, est le format d’événement idéal. C’est la formule qui donne l’image la plus juste et la plus excitante de cet art vivant. » Une réflexion qui ne risque pas de faire de la peine à Olivier Spillebout, créateur et directeur des Transphotos, à la veille du coup d’envoi de la 5• édition. Du reste, les marques d’estime et de soutien au festival sont arrivées de toutes parts en cette matinée. Bertrand de Talhouët, PDG de La Redoute et nouveau président des Transphotographiques, s’est déclaré « heureux de rejoindre l’aventure, d’autant plus que la dif­fusion de la culture vers le grand public est une préoccupation personnelle de toujours ». C’est en connaisseur qu’il ajoute avoir « repéré dans ce festival une vraie dynamique de succès ». Une vision partagée par Catherine Cullen, adjointe à la culture à la ville de Lille. Celle-ci vient d’annoncer que la municipalité dote le festival d’une subvention annuelle de 150000 euros, pour récompenser un événement « qui n’a cessé à chaque édition de grandir en qualité et en ampleur, et qui touche un large public dans un bel esprit de convivialité, de découverte et de partage. » Une aide qui per­mettra aux Transphotographiques de muscler leur capacité de production et de publier dès cette année un catalogue.

Point de vue : images du monde

Pour Olivier Spillebout, qui a consacré une bonne part de son intervention à remer­cier chaleureusement la longue liste de ses partenaires et sponsors, l’un des premiers avantages de cette reconnaissance et de ce soutien « est que nous pouvons désormais, depuis l’année dernière, faire venir à Lille un commissaire général prestigieux pour conce­voir la programmation du festival in. » Après Jean-Luc Monteroso, directeur de la Maison européenne de la photographie, à Paris, c’est au tour d’Anne de Mondenard, responsable du fonds photographique de la médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, de faire par­tager son savoir de l’image et ses lectures de la photo. Même si, a priori, on regrette un peu l’absence d’une grande exposition thématique, le parcours qu’elle a imaginé en 13 étapes, consacré aux représentations du paysage et du territoire, est prometteur. « J’ai voulu rendre compte de la capacité unique de la photo à livrer un état du monde. Elle nous aide à mieux comprendre notre environnement, ce qui est utile dans le contexte actuel », explique cette spécialiste de la photographie ancienne, qui se dit enchantée d’être sortie de ses travaux habituels pour « faire une plongée dans le monde des vivants ». Sa programmation se veut « à la marge », avec des expositions qui sont autant de découvertes « hors circuit » par l’originalité de l’approche de l’artiste, sa façon inattendue d’aborder un sujet.

 

Du Nord à Oujda via la Corée, l’enfance, la mode

Comme d’habitude, le festival exposera travaux de stars et de photographes moins célèbres. Côté vedettes, Raymond Depardon sera à l’Hospice Comtesse avec une série de grands formats sur le Nord-Pas-de-Calais, coproduite par le Conseil régional et les Trans­photos, tandis que le Palais Rihour accueillera un reportage de Jean-Philippe Charbonnier (disparu en 2004) sur le IV’ arrondissement de Paris. Très tôt incommodé par « l’industrialisa­tion » du grand reportage, ce baroudeur avait choisi de voyager immobile et savait voir l’exo­tisme au coin de sa rue. Paolo Roversi, qui est à la photo de mode ce que Morandi était à la peinture, montrera au musée des Beaux-Arts de Lille un travail personnel sur l’espace « à remplir » de son propre studio. Hugues de Wurstemberger, à l’abbaye Groeninge de Courtrai, arpentera pour sa part le territoire du souvenir avec une série consacrée à ses enfants, réalisée sur 18 années. Parmi les découvertes, on pourra voir à Valenciennes le travail conceptuel de Sophie Riestelhueber, déjà aperçue au Fresnoy, sur les lieux de guerre. Thibaut Cuisset, au musée des Beaux-Arts de Lille, montrera ses paysages de déserts doux et sensuels. Au Tri Postal, Olivier Mirguet présentera le compte-rendu sans appel d’un voyage en Corée du Nord, où il a photographié exclusivement les lieux et les édifices autorisés par le régime ; Yto Barrada, jeune artiste franco-marocaine, livrera sa vision du détroit de Gibraltar, que tant de gens rêvent de franchir, et Guillaume Herbaut montrera son album d’Oswiescim, une petite ville de Pologne tout près d’Auschwitz. Enfin, jumelage avec la ville d’Oujda oblige, la mairie de Lille présentera un reportage signé Benoît Dufour sur la capitale du Maroc-Oriental, mais là, on entre déjà dans le festival off…

Le off, selon Olivier Spillebout, c’est « le con­traire d’un parent pauvre du in, c’est un heu­reux complément, avec une vraie dimension internationale ». Difficile d’énumérer ici les 54 expositions du off qui se dérouleront jusqu’au 16 juillet, mais le programme s’annonce savou­reux, frais et pétillant, comme ce breuvage doré servi dans le salon feutré de l’Hermitage Gantois pour baptiser le festival 2005. Allez, santé aux Transphotographiques…

Antoine Pecquet

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