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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Nord Éclair : « Montrez-moi votre paysage, je vous dirai qui vous êtes »

Nord Éclair : « Montrez-moi votre paysage, je vous dirai qui vous êtes »

Le photographe Raymond Depardon expose sa vision du Nord-Pas-de-Calais

Raymond Depardon réa­lise pendant quatre ans un état des lieux photographiques du territoire fran­çais. Dans le cadre du festi­val « Transphotographi­ques », il expose actuellement à l’hospice Comtesse. à Lille.

Nord Eclair : Comment avez-vous procédé pour photographier le Nord – Pas-de-Calais ?
Raymond Depardon : « Au mois de mars, j’ai passé vingt jours dans la région. en prenant environ une cen­taine de photos par jour. J’ai commencé par le bord de mer. Mais il a fallu que je choisisse délibérément cer­taines villes parce que si­non, j’aurais passé mon temps sur la route ».

NE : Quel regard avez-vous porté sur la région ?
R.D.: « Je viens du Sud-Est. Ici, ce sont des terres exoti­ques pour moi. Cette dis­tance m’a permis de porter un regard neuf sur la région. Je suis arrivé ici comme sur la planète Mars. Mais ce n’était pas le Nord que j’avais imaginé. J’avais la vi­sion d’une région plus pau­vre. je me suis laissé char­mer et surprendre. Les gens sont d’une grande gen­tillesse par ici ».

NE : Vous photographiez souvent des vitrines ou des immeubles, sans être hu­main devant. Peut-on par­ler d’une « photographie de l’absence » ?
R.D.: « C’est pour dégager le regard que je procède ainsi. Et puis je travaille en vitesse lente, au 1/4′ ou au 1/8′ de seconde. Et c’est tou­jours embêtant de faire poser les gens. Parfois, j’ai un peu peur d’eux, je ne sais pas comment les photogra­phier. Il y a une formule qui dit : ‘Montrez-moi votre pay­sage, je vous dirai qui vous êtes’. Alors, oui, une photo­graphie de « Cette région, c’est le rêve »

NE : Comment qualifieriez-vous vos photos ?
R.D.: « J avais un peu peur qu’elles soient tristes. Mais au final, je n’ai pas l’impres­sion qu’elles le soient. Je pense plutôt qu’il y a une très belle mélancolie dans le Nord. C’est en en partie dû au climat. Cette région, c’est le rive pour un photogra­phe. je comprends un Ber­trand Blier qui vient tourner à Berck-sur-Mer. Cette ville a un climat des années 1950. Elle est d’une photogé­nie incroyable ».

NE : Est-ce un choix déli­béré de ne pas montrer les centres-villes ?
R.D.: « J’ai privilégié les zo­nes intermédiaires, là où ce n’est plus la ville et où cc n’est pas encore la campa­gne. Parce que la France va ressembler à ça dans les an­nées à venir. Et puis le Nord est en train de changer. C’est intéressant de montrer la mutation d’une région qui a un lourd passé industriel. Certains lieux sont en train de disparaître. Peut-être que dans cinquante ou cent ans, ça nous fera rigoler de voir certaines photos ».

NE : Vous êtes également réalisateur. Comment auriez-vous filme la ré­gion ?
R.D.: « Il y aurait un beau film à faire en prenant ces ti­rages, en les apportant aux gens qui sont dessus et en discutant avec eux, chez eux. Mais je ne sais pas si c’est possible. Quand je prends les gens en photo, je suis tout seul, j’ai un côté rassurant. Un tournage de film est plus imposant, il fausse le naturel ».

Propos recueillis par François Béguin

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