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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

La Gazette NpdC : Le Nord dans l’œil d’un maître

La Gazette NpdC : Le Nord dans l’œil d’un maître

RAYMOND DEPARDON À L’HOSPICE COMTESSE À LILLE

Vingt ans après ses reportages pour la DATAR*, Raymond Depardon a photographié le Nord-Pas-de-Calais sur commande du Conseil régional. Il livre à l’Hospice Comtesse un état des lieux subjectif et sensible d’une région qui l’a impressionné par les mutations de son territoire.

Raymond Depardon est de ces photographes que la technique ne passionne pas. Tout juste s’il se rappelle le nom du film importé des États-Unis, en général réservé à la photo publicitaire d’automobiles et de cosmétiques, qu’il a utilisé pour « tirer le portrait’ du Nord-Pas-de-Calais. Il est bien plus disert sur ses « racines pay­sannes » qui le rendent sensible « aux paysages ruraux, à la vie de village », et sur son « penchant pro­noncé à la mélancolie. Malgré sa notoriété – Depardon est certaine­ment le photographe français le plus connu de sa génération-, c’est aussi un vrai modeste, un homme en recherche, « pas certain d’avoir vraiment réussi ses retrouvailles avec la photo » après une longue période consacrée au cinéma.

Esquisses en 24×36

Sur les cimaises de l’Hospice Com­tesse est jeté, un peu en vrac, le fruit de vingt jours d’errance photo­graphique en Nord-Pas-de-Calais, de la Côte d’Opale à l’Avesnois via le bassin minier. Sans assistant – « Je préfère la solitude », avoue-t-il -, armé d’une chambre 20×25 et le reflex en bandoulière, il s’est laissé aller à sa prédilection pour les endroits « un peu tristes », les petits cafés, les parkings, la plage par temps gris. C’est à regarder comme un carnet de voyage, une suite d’esquisses en 24×36 d’où émerge une série d’œuvres beau­coup plus abouties : de grands tirages qui frappent immédiate­ment par la force des couleurs. Malgré sa modestie et ses doutes, Depardon se révèle totalement maitre de son médium. Les rendus de matière sont riches, les compo­sitions, sculpturales mais vivantes, jamais figées. Et mème si ses images sont effectivement teintées de mélancolie, nul misérabilisme, au contraire Depardon, en vrai artiste, magnifie l’ordinaire. Tel coin de rue désert d’une ville de la côte, en noir et blanc, parait taillé dans le marbre sous une lumière par­faite. Sur la plage de Berck, c’est comme si le photographe s’élevait doucement dans le ciel avec les cerfs-volants. A Calais, les cafés-­tabacs-journaux ont des airs de pop art, explosions de couleur sur fond gris. Ce qui l’a le plus frappé, c’est « l’imbrication du rural et de l’urbain » dans nos paysages, leur modernité. « Bientôt, prophétise-t-il, toute la France ressemblera à ça. On aura partout un pré, un lotissement, une usine, un bois et un supermarché dans le champ de vision. »

Un goût de l’authentique

Peu de portraits, car Depardon est « timide. Sa plus belle photo, dit-il, il n’a « pas osé la faire ». C’était une jeune fille dans une pizzeria, avec un pitbull en laisse : « Pour moi elle représentait vraiment une identité des gens d’ici, le peuple du Nord. » Sans son appareil, il est plus hardi : « J’ai beaucoup parlé avec les gens, on m’a invité à boire des litres de café. Si je pouvais je reviendrais ici pour un autre projet, sans images, sur le souvenir et la parole. » Il paraît qu’au Conseil régional, en décou­vrant les photos, on a été étonnés de voir que Depardon s’était plus intéressé aux bistrots de village et aux parking du bord de mer qu’aux grandes réalisations. Et puis, le jour du vernissage, Daniel Percheron a tenu à rendre hommage au photo­graphe pour son regard sur « le Nord de toujours, celui de la brique, de la terre, du vent et de la patience. » Une reconnaissance partagée par bien des visiteurs, qui disent retrouver dans ces images la région qu’ils con­naissent et qu’ils aiment Un goût de l’authentique.

* Délégation à l’aménagement du terri­toire et à l’action régionale.

Antoine Pecquet

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