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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Le Figaro : Voyage à travers les paysages

Le Figaro : Voyage à travers les paysages

Sur le thème du paysage et du territoire, les Transphotographiques se déclinent en treize expositions dans le Nord-Pas-de-calais

Treize expositions, principalement à Lille mais aussi à Lens, Valenciennes et Courtrai et un programme off étoffé. Des lieux patrimoniaux prestigieux comme l’hospice Comtesse à Lille ou l’abbaye de Groeninge à Courtrai, des photographes réputés, cette année. Raymond Depardon. Thibaut Cuisset, Paolo Roversi, Sophie Ristelhueber entre autres. Fondé il y a cinq ans, le festival les Transphotographiques invite au voyage entre France et Belgique. Cette année, la programmation resserrée autour des thèmes du paysage et du territoire en font un festival riche, agréable à découvrir. « La question de la représentation du paysage a été posée par l’État en 1984 avec la commande de la Datar, la délégation à l’aménagement du territoire, qui a demandé à une trentaine de photographes de faire un état des lieux de la Fiance. Cette commande avait eu son équivalent au XIXe siècle avec la mission héliographique pour laquelle les photographes les plus importants alors avaient dressé un inventaire du patrimoine architectural français. J’ai cherché à rendre compte d’une approche du territoire dans cette lignée, en trouvant une voie entre la photo plasticienne et le photoreportage ». souligne Anne de Mondenard, commissaire de cette édition.
I.e thème à défricher est aussi vaste et varié que les territoires arpentés par les artistes, de Jean-Philippe Charbonnier qui, en 1975, décide de photographier « l’exotisme qui logeait à un demi-ticket de métro de chez lui » à Sophie Ristelhueber qui saisit les lieux historique comme Waterloo. Sodome. Sabra et Chatilla, dans la banalité de leur apparence actuelle (son travail est présenté à l’Aquarium de Valenciennes). La Franco-Marocaine Ito Barrada s’est fixée à Tanger, ville mythique pour les écrivains voyageurs mais cité à fuir pour les nombreux candidats à l’immigration. Ses clichés du détroit, accrochés au tri postal à fille, parlent d’attente et d’un désir d’ailleurs, montrent des collines où l’on grimpe pour voir loin, des gens photographiés de dos, d’autres qui s’ennuient, des terrains vagues sans destinée. Au mime endroit, le travail d’Olivier Mirguet plonge le spectateur dans le monde artificiel de la Corée du Nord. Fasciné par les lieux de représentation du pouvoir, il a accepté d’être un artisan de la propagande le temps d’un reportage au pays de Kim Jon-il, photographiant ce qu’on lui enjoignait de prendre puisqu’il ne pouvait évoluer à sa guise. Il fixe avec méticulosité les traces du pouvoir dans un paysage qui respire l’oppression et l’enfermement.
Arpenteurs de grands espaces. Thibaut Cuisset bénéficie d’un superbe espace d’ex-position au sein du Palais des beaux-arts de Lille. L’artiste qui explore depuis une vingtaine d’années la question du paysage présente deux séries
d’un travail en cours, visant à confronter des territoires vierges à des centres urbains où tout a été pensé par l’homme pour l’homme. Premier volet ici, l’on voyage sur les terres d’Islande et de Tanzanie, des paysages de glace et d’ocre d’une puissance extra-ordinaire dont le travail du photographe rend pleinement compte, en éliminant tous les signes qui pourraient forcer à l’anecdote. « Photographier ce que je vois là où je suis, sans m’être documenté au préalable. me laisser charmer et sur-prendre » : visiblement séduit par la région du Nord-Pas-de-Calais, Raymond Depardon explique ainsi sa « façon de faire s pour aborder un ambitieux état des lieux du territoire français. Cette mission lui a été commandée par le ministère de ta Culture et vient justement de le mener des rives de la mer du Nord au cœur du pays minier. Son exposition à l’Hospice Comtesse est à voir comme une étape de travail puisque l’homme y expose des grands et moyens formats, de la couleur et du noir et blanc. des clichés qu’il retiendra et d’autres qui ne serrent sans doute pas choisis—On entre ainsi, dans le processus de création de l’artiste qui, cette fois, fait le grand saut vers la couleur : « Je ne voulais pas tomber dans la nostalgie et le passéisme. J’ai utilisé la couleur pour cela mais aussi parce qu’elle m’est apparue souvent évidente. « Le paysage du Nord vu par Depardon est donc très coloré et loin d’être abstrait. Au contraire, le photographe part du territoire pour se rapprocher de l’homme et montrer comment celui-ci l’a façonné pour l’adapter à ses besoins et comment il l’occupe aujourd’hui.

Françoise Dargent

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