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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

L’Observateur du Douaisis : D’Orchies à Oujda, carnets de photographe

L’Observateur du Douaisis : D’Orchies à Oujda, carnets de photographe

Benoît Dufour, jeune photographe orchésien, a été sélectionné pour les transphotographiques, jusqu’au 25 juin à Lille.

Son boîtier F90 sous le bras, l’Orchésien Benoît Dufour est parti pendant six jours au Maroc en mars dernier. Troisième séjour dans ce pays pour le jeune photo­graphe. Mais première grosse commande : ni plus ni moins que le festival des transpho­tographiques et la Ville de Lille. Et une exposition sous les ors de l’hôtel de ville. Dans ce festival qui accueille les plus grands noms de la pho­tographie : cette année, la tête d’affiche s’appelle Raymond Depardon.

En juin 2002, Benoît réali­sait sa première exposition à la salle de La Grange, à Orchies. Puis les concours et le expos s’enchaînent. Premier séjour au Maroc en 2003 pou une installation dans les locaux d’Eksprim, une associa­tion lilloise qui donne leur chance aux jeunes talents. L’an dernier, le photographe a participé aux journées du pa­trimoine à Sailly-lez-Lannoy. Avant que ne lui soit proposé ce nouveau périple marocain.

« Je suis parti six jours, ra­conte Benoît. D’habitude, j reste plus longtemps. » Desti­nation, Oujda, une ville du Nord marocain, non loin de la frontière avec l’Algérie. La moitié des Marocains de Lille en seraient originaires. Un ville à taille humaine qui a longtemps vécu de la mine. Une ville où la jeunesse, ici fi­gée dans une danse hip-hop improvisée en pleine rue, on sait pas bien quel sera son avenir une fois les étude’ terminées.

Benoît a sillonné les ruelles s’est arrêté dans les petite boutiques. Quelques très beaux portraits, jamais trop figés, empreints de naturel et de dignité. Le plus touchant, peut-être, celui de cet homme sans âge, le faciès creusé par des rides profondes, assis le bas croisés sur une chaise, a fond de son atelier de réparation de gamelles et autres casserolles. Très peu. de regard plongés dans l’œil du photo graphe, superficiels et poseurs Plutôt les yeux dans le vague ou dirigés vers un ailleurs, un futur ou un passé plus ou moins proches.

Le premier contact n’a pas pourtant été toujours évident Tout paraît si simple, franc et direct, sur ces photos. « Parfois j’hésitais presque à sortir ce gros appareil photo de mon sac confie Benoît. Il me paraissait si imposant. Et puis il y avait un certain stress, cette commande était très importante pour moi.

Le résultat est parfois sur prenant. Ce patron d’un magasin de cuir, assis derrière un bureau sur lequel tout est parfaitement ordonné, téléphone à côté d’une télécommande Pose de ministre incongrue. Et puis il y a le cliché « choc » de l’expo, ce mouton égorgé su le sol, les contrastes apportant une dimension poétique à la flaque de sang d’un noir profond.

Enfin, il y a Girada. Derriè­re le dernier panneau, on dé­couvre une ancienne ville minière située à une quaran­taine. de kilomètres d’Oujda. Benoît Dufour ne caché pas son envie d’y retourner. « Elle est poignante comme les villes d’ici », lâche-t-il. Si proche de notre bassin minier et pour­tant si différente.

Bien exposés dans le hall de l’hôtel de ville, les clichés pa­raissent toutefois un peu ternes. Le tirage n’est peut-être pas toujours à la hauteur des espérances du jeune pho­tographe, mais il n’en dira rien, discret et fier, sans dou­te, de participer à ce festival de renom. Le livre d’or est ouvert aux commentaires. Il y a de tout. « Encore une belle vision néocolonialiste », peut-on lire en face de cet hommage : « J’ai reconnu l’esprit africain ». À L’Obs, on pencherait plutôt pour la seconde opinion. Une expo poignante qui mérite le détour.

Sébastien Lamarque

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