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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Métro : Photos, s’il vous plaît !

Métro : Photos, s’il vous plaît !

Ce sont des images de celles qu’on range en vrac dans des boîtes à chaussures, des cartons à chapeau, plus rarement sous la protection de la feuille de cristal translucide d’un album, des photos d’avant qui vieillis­sent en brunissant, ébréchées, trop maniées, les bords parfois crêtés comme les coqs, et on demande en famille aux plus anciens de dire le nom des morts qui y posèrent. Des noms qu’on apprend. des visages qu’on se promet de reconnaître pour les redire aux plus jeunes lorsqu’ils sauront ouvrir les boîtes. Ces photos, images intimes, secrètes ou familières, nous en avons tous, en témoignage du passé des nôtres. Et peu importe leur qualité. Mais il y a aussi ces images qu’on accroche aux cimaises, qui pren­nent corps et formes, parce qu’on les expose, parce qu’on les rend publiques, qu’on vient les voir, les admirer, les commenter.

Jusqu’au 25 juin, les entichés du cliché peuvent s’embrumer les pupilles grâce au festival des Transphotographiques. Des regards au plus-que-parfait de l’objectif sur les représentations du paysage et du terri­toire, notions riches de sens et d’inter­prétations, qu’il convient de ne pas limiter à l’illustration pittoresque ou à la carte postale décorative. Une préoc­cupation documentaire peut donner naissance à une œuvre exigeante : la preuve par 13 expos, comme autant de hors-circuits. Le tout complété par une abondante programmation off qui met en valeur, pour un large public, le médium et l’art photographiques. sous leurs formes les plus diverses et en des lieux parfois insolites. Au-delà de la traversée de tous les types de pho­tographie, les Transphotos, c’est aussi la traversée des frontières et des cul­tures, et la richesse de ce cru 2005 con­firme la place prise par ce rendez-vous annuel dans la vie culturelle et artistique lilloise.

L’été dernier, il était à la Maison folie iode Wazemmes pour la salle de classe, des photos de ses élèves placés en situation inhabituelle, incongrue. Cette fois, c’est au Fresnoy, studio national des arts contemporains installé à Tourcoing qu’Hicham Benohoud expose en avant-première ses 3o familles, une série de photos en noir et blanc. Trente familles qu’il ne connaissait pas, qu’il a rencontrées pendant une heure, qu’il a mises en scène chez elles, dans des situations étranges en déployant ficelle, scotch et autres objets usuels. Et qu’il a pho­tographiées. Révélateur, forcément. A 36 ans, cet enfant de la médina de Marrakech a vu ses œuvres présentées un peu partout en Europe (beaucoup) et au Maroc (un peu). Prochainement à Rabat, à L’Appartement 21, un libre lieu d’expression artistique, il con­tournera la censure en proposant des cartes-photos à gratter qui dévoileront son corps nu. L’autre installation. vidéo et interactive, présentée par Hicham Benohoud au Fresnoy, dans le cadre de ce Panorama 6 où les nou­velles technologies entretiennent un dialogue particulier avec le corps, s’intitule « Veuillez crier s’il vous plaît ». Dès que le visiteur entre dans l’installation, une grande image composée de fragments apparaît sur l’écran. Le spec­tateur est alors invité à crier fort afin de déclencher la reconstitution de l’image éclatée. Filmé en temps réél, il découvre que l’image n’est autre que son propre portrait en train de crier, comme devant un miroir. Dès qu’il s’arréte de crier, l’image vole en éclats. A croire que la recomposition d’une identité ne s’atteint qu’au prix du déchirement, insoutenable, d’un cri.

Guy Le Flecher

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