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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Stephen Gill : Audience

Stephen Gill : Audience

 

À l’occasion de la présentation de la série ‘Audience’ dans une galerie de Londres, en 2001, un journaliste de l’Independent Magazine, Thomas Sutcliffe, fait référence dans son article à Jean Cocteau. Le poète cinéaste voit dans les salles de cinéma une atmosphère comparable à celle d’une hypnose collective. Ce que montre Stephen Gill de la salle de Londres où il opère a en effet quelque chose d’hypnotique et de fantomatique. Certains spectateurs sont presque totalement transparents, d’autres au contraire s’imposent par leur présence physique. Et ce sont ces variations sur le même fond rouge des fauteuils qui font l’une des qualités de cette série. L’enjeu de ce travail n’est pas seulement plastique : la procédure à laquelle Stephen Gill a recours est en effet très minutieuse. Ainsi, le photographe réalise-t-il toujours ses images dix minutes après le début du film. C’est selon lui le moment où le spectateur est emporté par l’histoire. Car c’est bien de cela dont il s’agit, lorsque Cocteau nous parle d’hypnose : le spectateur quitte le monde réel pour entrer dans la fiction. Et c’est cette sorte de décrochage que Stephen Gill cherche à capter. On serait tenté d’interpréter ses photographies de la manière suivante : lorsque le fauteuil est vide, ou, en d’autres termes, lorsque le corps du spectateur est presque transparent, c’est le signe que son esprit est passé de l’autre côté de l’écran. Mais la procédure se double d’un détail qu’il ne faut pas non plus négliger: la légende de la photographie, qui correspond au titre du film programmé. Sous-entendu : le spectateur de ‘Buena Vista Social Club’ ne réagit peut-être pas de la même manière que celui du ‘Sixième Sens’. Stephen Gill a pris soin de travailler à partir d’un ensemble diversifié de projections et ainsi de mélanger les genres : du film historique au film fantastique. On retrouve cette démarche très méticuleuse dans d’autres séries qui mêlent également le point de vue documentaire à l’approche conceptuelle : ‘Women Russian Smokers’, qui montre des mégots de cigarettes associés à des noms de femmes russes, ou encore ‘Audio Portraits’, portraits de gens écoutant de la musique dans la rue et mis en regard des titres des morceaux qu’ils ont choisis. Mais il ne faut pas l’oublier, Stephen Gill est britannique, et il a côtoyé Martin Parr. Son travail, même s’il nous dit quelque chose sur la société d’aujourd’hui, est toujours teinté d’une certaine ironie.

Gabriel Bauret

Commissariat : Gabriel Bauret

 

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Exposition du 10 mai au 17 juin 2007

 


© Stephen Gill

 


Stephen Gill

 


Le Tripostal
Avenue Willy Brandt – Lille

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