Voix du Nord : Au jeu des images et de la mémoire sortie de bain au Tri postal
Plonger dans le tumulte transphotographique au Tri postal de Lille. Ne pas prendre de notes. Attendre une semaine. Laisser émerger les images aimées du bain de la mémoire.
Nuit de savane, cinéma de brousse. le rêve du septième art se lit à l’extérieur. La lumière a découpé les fragments de cinoche en d’impossibles écarquillements. Un projectionniste la tête dans la case où jaillissent les images. Une autre salle. où les spectateurs s’évanouissent sur les fauteuils, présents-absents, intenses rêveurs. Les séries exposées se mélangent. La lèpre du temps sur un mur de projection dans une immense arène.
Arène encore que la futuriste agora lilloise où se dressent les immeubles de verre et de brique où s’affairent les soldats de Star Wars. Une usine de bord de canal. Les créatures de l’Empire se repèrent à peine. Fondues dans le décor. elles semblent d’autant plus réelles. Crachats de lasers. combattant galactique dans la glaise d’un terrain vague entouré de brique lugubre…
Chat sauvage
Stars. alignements de stars. Où sont leurs visages pourtant marquants ? Revient, en premier la face de chat sauvage de Vincent Cassel. Et, tiens. cette fissure de peau qui court sur un crâne et un corps au dernier étage. conceptuel et barbant. à la différence des deux autres niveaux. qui regorgent de trésors.
Retour aux stars ? Clint Eastwood, noueux, cheveux en bataille : on dirait un arbre. Deux mains qui jouent à cacher un visage. Flou. fuite. Trop de visages vus et pourtant si intensément regardés. Le moindre grain de poil et pli de peau. chez Almodovar. Photomatons. Les vedettes se prennent en photos. Souvent. un gros plan soudain. Une seule a osé se photographier le dessus de la tête. par derrière… Éclats de sang. Un corps drapé dans un drap gorgé d’hémoglobine. Des plis, des étoiles de lumière dans l’écarlate firmament. Horreur et constellations. attirance et dégoût, recul et fascination. Du beau dans la tuerie. Des traces effroyables sur le parquet. Heureusement. on sait que c’est pris sur le tournage d’un film (de Claire Denis). Supporterait-on. sinon. de déambuler dans la chambre rouge ?
La mer d’Agnès Varda. L’infini démultiplié. Un étrange granulé de lumière sur la plage que barre une ombre géométrique. Orson Welles, le regard jaloux aux côtés de… Juliette Gréco ?
Marylin et trois M rouges qui s’inscrivent sur son lit de mort. Des silhouettes d’immeubles en ombres chinoises, dans un dédale inerte. Rappel impromptu : la mémoire n’est pas sélective, elle ramène à la surface les objets de plaisir et de déplaisir.
Christian Furling

