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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Réponses Photo : Prix Arcimboldo

Réponses Photo : Prix Arcimboldo

Le Prix Arcimboldo, créé par Gens d’Images et soutenu par Fujifilm France, fête ses dix ans en fanfare. Une rétrospective est présentée aux Transphotographiques et à la galerie Cosmos à Paris jusqu’à fin juin. Avant de partir en Pologne au festival Transfotografia. Une belle occasion de revenir sur dix ans de création numérique.

 

 

Orlan, lauréate du prix en 1999
Cette artiste, pionnière de la création numérique, a inauguré le Prix Arcimboldo avec une série nommée « Self hybridation, série précolombienne ». Les images ci-dessus réalisées en 2005 et issues de la série « Américain-indians » perpétuent ce travail qui questionne les frontières entre les cultures, les couleurs de peau et les pratiques artistiques.

Jean-François Rauzier, lauréat 2008
L’image ci-contre est extraite de la série « Babel », tour imaginaire réalisée à partir de plus de 300 photographies de fenêtres apportant une dimension sociologique à cette création. Cette série est exposée actuellement au festival Transphotographiques de Lille. À la galerie Cosmos à Paris, vous pourrez voir Jusqu’à fin Juin une autre facette du talent de ce photographe visionnaire.

 

Catherine Ikam, prix Arcimboldo 2000
La deuxième lauréate du Prix Arcimboldo travaille sur l’identité vivant et de l’artificiel en les assemblant. Ici David portrait infographique 3D réalisé en 1999.

Nicolas Moulin,lauréat 2006
Un artiste qui utilise beaucoup la vidéo pour questionner la fiction et ses différentes représentations ainsi que les problèmes lies à l’environnement.

Nicole Tran Ba Vang
En haut Bélinda (2003) et ci-contre image issue de la série « Collection printemps-été 2001 » qui a valu à Nicole Tran Ba Vang le prix Arcimboldo en 2001.

 

Jean-Baptiste Barret, lauréat 2002
Ce graphiste avait remporté le prix avec des contes numéoniriques dans lesquels il réinvente un monde décalé. Il se sert de décors abandonnés de friches industrielles où il met en scène des personnages tirés du monde de l’histoire de l’art.

Tom Drahos,  lauréat 2003
Ici une image extraite de la nouvelle série réalisée en 2005 et baptisée « Contre-culture ». En 2003, il avait remporté le prix avec un reportage sur les effets des drogues administrées dans les unités de soins palliatifs.

Florian Schneider. lauréat 2004
Cet artiste travaille à partir d’images captées sur Internet, qu’il assemble et retouche pour se rapprocher de ce qu’il nomme la « peinture numérique ». Ici portrait de Catherine II de Russie.

Alain Delorme, lauréat 2007
Angèle, Cassandre et Morgane, les trois images sont extraites de la série « Little Dolls » qui interroge la féminisation des petites filles dans notre société ainsi que la projection des rêves des parents sur leurs enfants.

Patrick Fournial, lauréat 2005
Ici l’Image « Versailles » Issue d’une série réalisée après le Prix, en 2006. En rendant flou le décor, Fournial supprime le rapport d’échelle et fait ressembler le monde à une maquette.

 

3 QUESTIONS A MONIQUE PLON, VICE-PRÉSIDENTE DES GENS D’IMAGES, RESPONSABLE DU PRIX ARCIMBOLDO

Pourquoi avoir créé le Prix Arcimboldo?
Notre association Gens d’images, qui décerne depuis 1955 le Prix Niépce et le Prix Nadar, souhaitait, avec le développement du digital, créer un prix photographique de la création numé­rique. Notre partenaire de l’époque, la fondation HP France, qui dotait depuis dix ans le Niépce, était partant pour cette nouvelle aventure. C’est ainsi qu’est né le prix Arcimboldo. Aujourd’hui il est doté par Fujifilm France et soutenu par le laboratoire Dupon et la Cosmos Galerie qui a pris la relève de la Maison Européenne de la Photographie pour présenter chaque année les photos des lauréats.

En tant que fondatrice et jury du Prix Arcimboldo vous êtes bien placée pour observer les changements. Comment, selon vous, la création numérique a évolué pendant ces dix ans?
Les photographes restaient frileux et au début nous avons surtout reçu des dossiers émanant de l’art contemporain. En 1999, c’est l’artiste Orlan qui a remporté la première édition avec ses self-hybrida­tions pré-colombiennes. Orlan développe son concept considérant que les critères de beauté sont différents suivant les sociétés. Catherine Ikam, deuxième lau­réate, artiste vidéaste travaillait, elle, sur la 3D. Puis le prix se développe et grandit avec d’autres artistes ayant des parcours atypiques venant d’horizons diffé­rents : stylistes, graphistes… pour arriver finalement à une réappropriation des outils numériques par les photographes. Je pense notamment à la série sur l’univers des petites filles d’Alain Delorme, le lauréat de 2007, qui questionne la féminisation de l’enfance dans notre société. Mais également à notre lauréat 2008, Jean-François Rauzier qui travaille sur l’espace et la multiplicité des points de vue dans lequel il inclut l’humain sous forme, parfois, d’autoportrait.

Et dans dix ans, comment imaginez-vous le lauréat du Prix Arcimboldo?
Les possibilités qu’offrent les outils numériques vont rendre la création encore plus facile et la démocratiser. Verra-t-on des œuvres réalisées avec des téléphones portables, avec des caméscopes, gagner le prix? Quelle que soit l’évolution que connaîtra la photographie, aux Gens d’Images nous restons attachés à l’image fixe. Nous rentrons vraiment dans l’ère du numérique dont nous ne connaissons pas tous les effets.
Les Gens d’Images vendent sur leur site le livre rétrospectif du Prix Arcimboldo (15 é).

 

2 QUESTIONS À JEAN-FRANÇOIS RAUZIER, LAURÉAT 2008

Comment selon vous, la création numérique a évolué ces dix dernières années?
Il y a dix ans, l’outil numérique, encore très rudimen­taire et coûteux, était réservé aux gros laboratoires et photograveurs. L’artiste photographe travaillait encore en argentique, faisait scanner ses images et faisait appel à grands frais aux services de ces prestataires. Dorénavant, les progrès exponentiels des nouvelles technologies ont mis l’outil à la por­tée de tous. El tel le peintre devant son chevalet, l’artiste numérique peut de nouveau travailler seul face à son écran. Tout est permis, les possibilités semblent infinies et l’on assiste à une explosion débridée de créations, pour le meilleur comme pour le pire.

Et dans dix ans, comment voyez-vous la création numérique évoluer?
Pour l’avenirje constate déjà que nous travaillons tous sur les mêmes machines et souvent les mêmes logiciels. La frontière entre un photographe, un peintre, un vidéaste, un architecte, un créateur d’images 3D disparaissant, les distinguer n’aura plus vraiment de sens. L’artiste, par définition individualiste pourra conserver son autonomie tout en abordant tous les domaines de l’image. L’écran, déjà omniprésent, ne cessant de progresser en taille et en qualité, devrait s’imposer comme le meilleur support d’exposition. Nous créons, nous jugeons et montrons nos images sur un écran. En conséquence, la diffusion de l’œuvre se fera de plus en plus par écrans, notam­ment sur le net: expo sur Secondlife, galeries virtuelles etc. On voit bien qu’on tend vers le « tout-écran ». Regardez comme, petit à petit, les cadres traditionnels sont remplacés dans les magasins par les cadres numé­riques qui rencontrent un gros succès commercial. Je suis sûr que dans les dix années à venir l’écran et la vidéoprojection vont énormément gagner en qualité et s’imposer dans les domaines artistiques.
Depuis plusieurs années, lors des Rencontres d’Arles, je suis frappé par ce phénomène qui va en s’amplifiant. La journée je vois les expositions sur des cimaises. Le soir je les revois sur le grand écran du théâtre antique en projection numérique et c’est une redécouverte. Mon travail, que j’ai baptisé « hyper photo » en relation avec l’hyperréalisme, est basé sur le fait d’aller chercher dans la matière jusqu’à la texture. En cela, l’écran me paraît le meilleur support car le spectateur peut aller chercher des détails en zoomant dans l’image. Il peut d’une certaine manière toucher du regard. Voilà pour­quoi le tirage papier me frustre car il me limite par sa taille physique.

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