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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Nord Éclair : Le bonjour d’Antoine Sude à ses voisins

Nord Éclair : Le bonjour d’Antoine Sude à ses voisins

Parmi les nombreuses expositions présentées aux Transphotographiques, celle d’Antoine Sude sur les Roms installés porte de Valenciennes retient l’attention. Pour ce photographe lillois, pas de volonté de réaliser un reportage, juste l’envie de faire connaissance, en voisin.

Finalement. il est bien là. Le matin-même de notre rendez-vous, il a refusé une interview télé. La caméra, ça le paralyse. Là, c’est juste un bloc-notes et un stylo, à la table d’un café, ça va. Antoine Sude est un grand timide. Mais qui se soigne à sa façon, comme lors­qu’il propose ses clichés pour les Transphotographiques. « J’étais persuadé que je m’y pre­nais trop tard, raconte-t-il. J’ai envoyé mon CD de photos en mars ! Mais finalement, ils ont accepté. »
Le sujet de son expo, ce sont ses voisins, en général — Antoine Sude habite à Moulins. Les orga­nisateurs du festival ont retenu les vingt clichés sur les Roms de la porte de Valenciennes : ça col­lait avec le thème Europe XXL. Et puis, c’était dans « l’actu ».

En marge

Pourtant, il l’assure, il n’a pas cherché à réaliser un reportage. « Ce qui m’intéresse, ce sont les gens, leur cadre de vie, ceux qui sont un peu en marge », dit-il. Ses photos font penser au cou­rant humaniste des années 50. mais lui ne s’intéresse qu’à l’image : « Il n’y a pas de dis­cours, pas de dénonciation. » En marge, c’est aussi comme ça que se voit Antoine Sude. Pro­fession : « rentier de l’État », RMiste si vous préférez. Né à Dunkerque il y a 36 ans, c’est lors d’une formation dans le ca­dre du RMI qu’il a commencé sérieusement la photo, en 1999. « La passion remonte à une initiation au collège, mais ça n’avait duré qu’un an. »

C’est aussi il y a 10 ans qu’il est arrivé à Lille et a commencé à fixer ses voisins sur pellicule. « C’est ma manière de dire bon­jour ». dit-il. Bien à l’abri der­rière son appareil, il parvient ainsi à briser la glace tout en restant dans sa bulle. « Je ne suis pas artiste. Le seul aspect que je revendique, c’est le côté autiste des artistes. »

Et alors, les Roms de la porte de Valenciennes ?
« Ça faisait un petit bout de temps qu’on se croisait, que je les rencontrais au gré de mes promenades. J’ai réfréné plusieurs élans : est-ce que ce n’était pas un peu voyeur de les photographier Mais après tout, je les considé­rais comme les autres. »

« Déménagement »

Il leur rend une première visite en juillet 2008. Ce n’est pas sim­ple, certains se méfient — n’est-il pas envoyé par la préfecture ? —et il y a la barrière de la langue. Puis il revient en janvier der­nier. « j’avais rencontré un voi­sin qui leur apportait des vête­ments et de la nourriture, comme ça, sans faire partie d’une association. J’y suis re­tourné avec lui. »
Antoine Sude n’est pas encore sûr qu’il exposera. mais il sait qu’il veut donner des tirages à ses modèles. C’est ce qu’il fait avec tous ses voisins. « J’ai ra­mené la pochette le jour du « dé­ménagement » (la police délo­geait les Roms sur ordre de la préfecture, ndlr). Je suis rentré chez moi avec presque toutes les photos. Les voisins, ça va, ça vient… »

Finalement, Antoine Sude a re­trouvé quelques Roms à Lomme, ils ont promis de trans­mettre aux autres. Et puis il a tenté sa chance pour les Trans­photos. Ses images sont expo­sées dans les couloirs de la Mai­son de la photo, rue Frémy. Un conseil : profitez-en, car il ex­pose rarement. Sinon, vous avez une chance de le croiser au marché de l’art, le dimanche dans le Vieux-Lille, rue Au Péte­rinck. Encore une forme de thé­rapie…

Youenn Martin

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