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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Defotograaf (Hollande) : Le festival de la photo de Lille porte un regard sur l’Europe de l’Est

Defotograaf (Hollande) : Le festival de la photo de Lille porte un regard sur l’Europe de l’Est

Le festival Transphotographiques de Lille est présenté jusqu’au 12 juillet 2009. A l’occasion de cette huitième édition, le regard est essentiellement tourné vers l’Europe de l’Est.


L’accès à l’ensemble des expositions est gratuit. En 2004, Lille était la capitale culturelle de l’europe. Cela n’en est pas resté là. Depuis, l’organisation Lille 3000 a rencontré de nombreux succès au travers de ses manifestations culturelles. Cette année, le regard est axé sur l’Europe de l’Est, plus précisément sur les nouveaux pays membres de l’Union Européenne. Cela s’est manifesté par divers concerts, représentations, films, expositions et autres évènements placés sous la thématique Europe XXL.
La huitième édition du festival annuel des Transphotographiques est composée d’un programme bien détaillé. C’est Olivier Spillebout, photographe et passionné de photographie pur sang qui, en 2001 aux côtés d’autres partenaires, a su inciter la ville de Lille à organiser un festival international de la photo.
Que celui-ci attire depuis le début des passionnés néerlandais n’est pas étonnant, rien qu’en vertu du fait qu’un habitant de Breda se rend en moins de temps à Lille qu’à Groningen. Sans parler du fait que Lille est une ville attirante pour les touristes et où, sur le plan culturel, il y a beaucoup à faire.

Ce sont surtout des photographes, anciennement de l’Est, qui ont cette fois le rôle principal au travers de  diverses expositions. Expositions réparties sur l’ensemble de la ville et qui sont gratuites pour tous. Pour le visiteur venu en train, on peut tout de suite accéder à côté de la gare Lille Flandres à un grand hall d’exposition, Le Tri Postal. Il faut d’abord passer devant une grande exposition présentée dans le cadre d’Europe XXL avant d’accéder aux expositions du festival de photographie. Les artistes y présentent aussi bien leurs travaux personnels que des commandes publicitaires.

La nudité masculine

Les plus remarquables et en partie aussi les plus intéressantes contributions des photographes de l’agence Photo-Shop sont, en ce qui me concerne, celles présentées derrière un rideau sur lequel se trouve un panneau mentionnant : ‘’déconseillé au jeune public’’.

Il s’agit de deux séries de photographies du duo Zuza Krajewska et Bartek Wieczorek. Dans la première session ‘’I just want to see the boy happy’’, on peut voir deux jeunes homosexuels dans des scènes diverses, un beau garçon en tenue d’Adam ou encore un jeune homme plus décadent vêtu de cuir. Ce n’est d’ailleurs pas la seule contribution du festival où les homosexuels masculins constituent un point central. D’après le texte accompagnant la série, on peut constater qu’il existe encore beaucoup de tabou en Pologne sur la nudité masculine. Plus intriguant encore, ‘’Traces’’, une série de portraits de personnes nues ou peu habillées qui portent sur leur peau des traces de blessures, de brûlures ou d’interventions chirurgicales. Ou encore peut-être des stigmates de la violence conjugale lorsqu’on voit des traces de ceinture sur le dos d’une femme qui en enlace une autre.

Des Émigrés polonais

Pour le lieu principal suivant, il faut prendre le métro. La Maison de la Photographie se trouve dans un quartier populaire, qui a un air de Belgique, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.
Au rez-de-chaussée, se trouve une grande exposition de Jessica Backhaus : ‘’Jesus and the cherries’’. La photographe suit une méthode éprouvée et présente des paysages, des portraits, et de paisibles images d’intérieurs afin d’établir une image et de retranscrire une ambiance propre à la région de l’Est-Poméranie polonaise. Techniquement irréprochable, riche en couleur et rappelant parfois le style de William Eggleston, en moins puissant. Cette série a déjà été représentée en 2005.
Au premier étage le choix est très mélangé, également au niveau qualitatif. Antoine Sude donne un cliché vague des ‘’gens du voyage’’ de Lille. Plus intéressant encore est la série ‘’Allégories et Macabresques’’ de Andrzei Dragan, 18 portraits raffinés d’artistes et d’autres personnalités.
Mais le travail qui m’a le plus touché reste celui de Joao Urban sur les émigrés polonais au Brésil. Dans une des salles d’expositions on discute aussi autour de portfolios. On y trouve Dirk D’Hulster, un retoucheur qui transforme des photographies digitales en son. La photographe slovaque Petra Cepkova est très impressionnée par ce travail, et promet de faire de son mieux pour organiser une exposition dessus à Bratislava. Et elle en a profité pour inviter le rédacteur du photographe à visiter le 19ème mois de la photographie sur place.

Stanley Greene

Mais pour l’instant nous sommes toujours à Lille et il nous reste encore une grande partie à visiter au Palais Rameau. Ce bâtiment, qui a le style d’une église, conçu au départ pour devenir une énorme serre, semble être parfait notamment d’un point de vue de la luminosité, pour des expositions. Pas moins de huit au total s’y trouvent: de la jolie série ‘’Guys. from Poland with love’’ de Oiko Petersen aux autoportraits des divers rôles interprétés par Dita Pepe.
Les clandestins en provenance du Vietnam ainsi que d’autres personnes, qui essayent avec beaucoup de difficultés de construire un avenir en Europe de l’Est, reçoivent une attention particulière. Le reportage sur une famille roumaine d’un cirque parisien, avec lequel Dominique Secher a gagné l’an dernier le grand concours du magazine Photo est également digne d’intérêt.

L’homme qui pour moi est vraiment le meilleur au palais Rameau, c’est Stanley Greene. Ce photographe américain travaille depuis environ vingt ans dans les territoires internationaux en conflit. En 2003, il a été reconnu pour son livre de photographies impressionnantes ‘’Open Wound’’ sur la lutte pendant 10 ans en Tchétchénie. Ici à Lille on peut admirer un reportage sur la guerre en Caucasie notamment dans et autour de l’enclave Arménienne Nagorno Karabach en Azerbaïdjan. Un livre similaire est en cours de production. Greene est un observateur phénoménal qui implique son public directement dans la misère humaine, au travers de ses images. Enfin, maintenant il fait partie des plus grands comme Robert Capa et W. Eugène Smith. Ce dernier l’a d’ailleurs beaucoup encouragé à photographier.


Chambre au trésor

Hormis ces 3 endroits principaux, on peut visiter encore d’autres expositions dans la ville. Au Colysée, très bien situé, proche de la paisible citadelle, on trouve les séries : ‘’Homo Urbanus Europeanus’’ de Jean-Marc Caracci et ‘’Downtown’’ d’Oiko Petersen : une série harmonieuse présentant des personnes affectées par le syndrome de Dawn.Que les pays de l’ex union soviétique soient une vraie chambre aux trésors pour les photographes, s’illustre également par le travail de Grégoire Eloy que l’on peut voir au Palais Rihour. Ces photographies en noir et blanc imprimées sur du papier sont aussi à vendre, ce qui est le cas pour beaucoup d’autres exposants sur le festival. Pour les expositions restantes que j’ai pu visiter, j’ai retenu en particulier : ‘’Roma Realities’’ de Yves Leresche. Ses clichés des gens du voyage des Balkans se marient bien avec l’intérieur un peu désordonné de l’église St Maurice.

Lumière du Nord

La huitième édition du festival Transphotographiques a des points thématiques en commun avec la dernière édition de Lumière du nord, ‘’Behind Walls Eastern Europe before et beyond 1989 ‘’. Donc, avec le risque d’être accusé de chauvinisme la comparaison est systématique, je pense que cette comparaison est un point en moins pour le festival de Lille. Le thème principal n’est pas vraiment très clair et la qualité de certains participants est un peu décevante.
De plus il serait bien de mettre une version anglaise pour tous les textes descriptifs et d’accompagnements. Pour les Flamands et les Néerlandais, une version néerlandaise serait encore plus appréciable.

Mais en règle générale, je pense que cela valait la peine de le visiter. D’autant plus qu’à côté du festival, on peut encore trouver beaucoup de choses à faire à Lille. Je conseille, encore jusqu’au 12 juillet, l’exposition « Hypnos’’ qui parle de la découverte inattendue du travail, d’écrivains, cinéastes, et d’autres de la première partie du 20ème siècle. Dans la partie spiritisme, on peut même voir la photographie d’une pensée !!! Je suis déjà curieux de découvrir la 9ème édition des Transphotographiques.

 

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