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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

DIGIfoto (Rép. Tchèque) : L’Europe centrale a dominé à Lille

DIGIfoto (Rép. Tchèque) : L’Europe centrale a dominé à Lille

Les Transphotographiques à Lille – une ville du Nord de la France- se sont classés ces dernières années parmi les festivals photo les plus importants et aussi les plus visités. L’énergie consacré au choix des expositions attrayantes, une excellente promotion et le fait que la très grande majorité des expositions soient accessibles gratuitement, engendrent le fait que chaque année l’aire d’exposition principale, située dans l’énorme bâtiment du Tri Postal, accueille à elle seule plus de cent mille visiteurs.

Cette année, en Mai et Juin, la tâche des organisateurs avec le charismatique directeur Olivier Spillebout à leur tête, a été plus difficile que les années précédentes. A Lille, au même moment, se déroulait le grand festival Europe XXL  présentant une large gamme de concerts, de spectacles, d’expositions et de conférences venant des nouveaux pays de l’Union Européenne et des pays candidats à leur entrée. Mais grâce à cela, on pouvait voir beaucoup de photographies dans le cadre de cet événement, y compris des œuvres d’auteurs tchèques. Par exemple, à la grande exposition Hypnos, organisée par le Musée d’art moderne de Lille, on pouvait voir à coté des tableaux de Frantisek Kupka, Josef Sima et d’autres répresentants de l’Art brut, les photographies des collections françaises de Frantisek Drtikol et Jaroslav Rossler, qui ne se perdaient absolument pas même au voisinage des œuvres de Man Ray ou de Moholy – Nagye. Une partie de cette présentation de l’art contemporain de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est qui a été dominée par les vidéo-projections du groupe russe AES + F et de l’auteure polonaise Katarzyna Kozyra, a été consacrée aux photographies de Veronika Zapletalova de sa série «Chatarstvi». Les petites photos des chalets bizarres, mal installées, posées sur une surface horizontale, au ras du sol, se perdaient un peu parmi les autres œuvres.

L’Art et le kitch

Le festival Transphotographiques, lui même, a pu cette fois-ci utiliser juste une petite partie des espaces d’exposition au Tri Postal où il a placé des œuvres de quelques photographes polonais. Le duo Zuza Krajewska et Bartek Wieczorek a été représenté par des portraits suggestifs de gens aux dents cassés, aux bleus venant de bagarres ou aux imperfections de la peau, par les nus en extérieur des jeunes garçons de la série «I just want to see the boy happy» et par les clichés venant des soirées dissolues qui ont fait scandale l’an dernier pendant le Mois de la Photo à Bratislava où une partie des représentants de la ville (plutôt catholique)  exigeait  leur enlèvement de l’exposition et a donné naissance à la discussion sur les limites de la liberté de création.
L’autre partie de leur travail, la photographie publicitaire, beaucoup plus soignée, a été exposée avec d’autres membres du groupe Photo-shop. Dans cette exposition on a pu trouvé de nombreuses idées fraîches, que de nombreux photographes publicitaires tchèques pourraient envier mais aussi quelques clichés totalement kitch, fondés sur des effets superficiels. Dans la meilleure partie on a pu trouver les œuvres d’Igor Omulecki, un autre jeune photographe qui se consacre non seulement au «nouveau documentaire» utilisant une composition de l’image peu traditionnelle, un mélange de la lumière du jour et de la lumière des flashs et une représentation de la réalité crue, mais aussi à la création commerciale originale.

Le renfort frais de la Pologne

Deux autres jeunes photographes polonais dont les œuvres sont très distantes du   conceptualisme et de la création intermédiale autrefois dominants, ont été représentés dans la plus grande exposition du festival au Palais Rameau, dans la Maison de la Photographie et dans le centre culturel Le Colysée. Certains ont exposé avec le groupe de documentaristes Sputnik-Photos qui s’est présenté à Lille avec le projet «At the border» témoignant sur des ouvriers et des vendeurs du Vietnam, Géorgie, Arménie, Ukraine et de Biélorussie, dans des différents pays de l’Europe centrale et l’Europe de l’Est. Rafal Milach, Jan Brzykczynski, Agneiszka Rayss, et aussi le tchèque Filip Singer ou le slovaque Andrej Balco ont montré dans leurs documentaires sociaux, utilisant, à quelques exceptions près, d’une manière  innovante les possibilités de la photo couleur, les différents aspects de la vie difficile des gens, qui pour des raisons économiques, ont quitté leurs pays, et dans de nombreux cas aussi leurs familles, et qui essaient, souvent dans des conditions très rudes, à la limite de la dignité humaine, de gagner leur vie en tant que commerçants dans les bazars de Varsovie ou en tant qu’ouvriers sur les chantiers en Slovaquie.

Oiko Petersen, un jeune photographe vivant à Londres, a présenté à Lille deux séries. Pour sa série Downtown il a réalisé des portraits de personnes porteuses du syndrome de Down, dans des mises en scène parfaites, utilisant la lumière habituellement réservée à la photo de mode et aux portraits de célébrités, en réalisant de cette manière les rêves de ces personnes de devenir un chanteur célèbre, un modèle, un joueur de foot ou un pilote de courses automobiles. Dans sa deuxième série Guys – From Poland with love, il a réalisé des portraits suggestifs d’homosexuels polonais de différents âges et professions, qui ne cachent pas leur orientation sexuelle dans un pays qui ne se montre pas très tolérant envers eux.
La mise en scène a été aussi largement utilisé dans les portraits d’un autre photographe polonais, Andrzej Dragan, qui essaie de s’imposer dans la métropole britannique. Dans son cas, il s’agissait surtout des manipulations numériques très exigeantes. Dragan a bien réussi les portraits fictifs, montrant à quoi ressembleraient Marilyn Monroe ou Adolf Hitler s’ils étaient encore vivants de nos jours, il a moins réussi les photographies qui misaient trop sur des effets superficiels et qui flirtaient dangereusement avec la limite du kitch. A Lille, il y avait aussi plusieurs expositions sur la Pologne, sur l’Europe de l’Est et l’Europe centrale dont les auteurs étaient des photographes de l’Europe de l’Ouest ou des Etats-Unis. L’exposition la plus intense était celle des photographies douces de l’Américaine Jessica Backhaus avec un nom caractéristique «Jesus and the cherries». Des portraits et des détails de décors aux couleurs pastel, en surface très discrets mais extrêmement sensibles, montraient la vie traditionnelle rurale en lente disparition chez nos voisins du Nord.

La présentation tchèque à Lille

Au côté de la photographie polonaise, c’est, cette fois-ci, à la photographie tchèque qu’on a donné une grande place. Après le triomphe de Tereza Vlckova dont les trois expositions faisaient partie de la plus grande attraction de la précédente édition des Transphotographiques, cette année ce sont d’autres étudiants, anciens et actuels, de l’Institut de Photographie créative tchèque de l’université de Silésie à Opava, Dita Pepe, Petr Hrubes, Bara Prasilova et Tomas Prospech qui ont eu, avec leurs œuvres, beaucoup de succès auprès des visiteurs. Dita Pepe a exposé  quelques photographies de ses séries Autoportraits avec femmes et Autoportraits avec hommes, où tel un caméléon elle change sa propre identité et elle s’adapte aux ressemblances et aux caractères de ses partenaires masculins et féminins, ainsi qu’aux mères des différentes familles. Elle s’est présentée aussi avec des photos de mode originales de sa série Bodysofa qu’elle a réalisées en coopération avec son époux Petr Hrubes. L’inspiration par la photo de mode, quoique très éloignée des tendances contemporaines dominantes, apparaît dans les portraits aux tons oniriques des jeunes filles et des garçons dans la série de Bara Prasilova Never Happened. Leurs caractères chimériques et la douceur de leurs couleurs ont été bien mis en valeur notamment grâce aux agrandissements au format 2 x 2 mètres dans les espaces impressionnants du Palais Rameau où tout un hall leur a été consacré.

 

La mode et aussi le documentaire

Tomas Prospech a représenté un tout autre type de la création contemporaine : des clichés en couleur subjectivement documentaires qu’il a réalisés pendant la construction et au début de l’exploitation de l’usine coréenne fabricant des tubes cathodiques à Hranice. Ils faisaient partie d’un projet plus large qui, à Lille, montrait des changements bouleversants dans notre partie de l’Europe, ayant des fois une fin amère – car même les Coréens ont commencé à chercher une main-d’oeuvre moins chère, plus à l’Est, et leur usine à Hranice lutte depuis un bon moment pour sa survie. Il n’y a pas longtemps la photographie tchèque n’arrivait aux festivals français que très rarement et souvent elle n’était représentée que par Sudek et Koudelka ; les succès de nos jeunes photographes l’an dernier à Lille et à Lyon ( Tereza Vlckova y a même reçu le prix  principal ) et aussi La Nuit d’Europe à Arles et la rétrospective de Miroslav Tichy au Centre Pompidou à Paris ont sans doute largement contribué au fait qu’en France on connaisse beaucoup mieux qu’avant la photographie contemporaine tchèque.
Aucun grand festival ne peut se passer de la présence de stars de réputation mondiale. Elles étaient aussi à Lille mais elles n’ont pas trop ébloui. Le photographe de mode mondialement connu Patrick Demarchelier a exposé une série de photographies parfaites d’un point de vue technique, mais pas vraiment innovantes, qu’il a réalisées avec un jeune modèle russe Natasha Poly pour le magasine Vogue. Pas loin d’elles on pouvait voir les photos de reportage crues d’un des principaux photographes de reportage de guerre actuels Stanley Green, montrant la souffrance des gens et la dévastation de la région de Nagorny-Karabakh qui subit depuis des années la guerre de domination avec des voisins plus forts. Green est sans doute un homme courageux qui par ses photographies a contribué au fait que les guerres fratricides sur ce territoire n’ont pas complètement disparu des médias mondiaux. Ses clichés en noir et blanc n’ont toutefois pas la force visuelle ni la symbolique généralisante des œuvres de guerre de James Nachtwey, Antonin Kratochvil ou Paolo Pellegrin et leur emplacement en voisinage direct avec des photos de mode et des portraits lissés ne les a vraiment pas aidées.
Mais malgré cela les Transphotographiques, avec leurs conférences, projections et lectures de portfolio, ont montré que, même à l’époque où il n’est pas facile de trouver des sponsors et où il faut restreindre les dépenses, il est possible d’organiser un festival de la photo de qualité et attractif pour les visiteurs.

Vladimír Birgus

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