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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Claude Mollard : Origènes et graphogènes de Lille

Exposition du 26 mai au 26 juin 2011

 

« Origènes » et « Graphogènes », ces termes exigent quelques explications quant à la réalité de la pratique photographique à laquelle ils renvoient. Avant d’être photographe, Claude Mollard est homme de culture ; il est curieux et voyageur, les deux vont ensemble. Le travail qu’il mène depuis plusieurs années et réuni sous le titre « Origènes » est étroitement lié à ces qualités. Quant à sa photographie proprement dite, elle se conjugue avec un sens aigu de l’observation : c’est dans la réalité matérielle, par différence avec une réalité humaine qui concerne un tout autre domaine de la photographie, qu’il cherche son sujet. Un sujet qui n’existe pas en soi : c’est le cadrage et la composition qui le révèle et le met en valeur. Claude Mollard explore les paysages de la nature, parcourt les villes, les sites historiques avec l’idée de repérer ce qui va faire sens dans la matière, qu’elle soit minérale ou végétale. À propos du travail sur Lille qu’il présente aujourd’hui, il écrit : « J’ai longuement erré dans les rues de la vieille ville, j’ai frôlé ses murs, j’ai raclé ses chaussées, j’ai photographié avec mes souliers! ». Explorant méthodiquement les formes des arbres, les reliefs des pierres, le sol des rues, les détails d’un bâti, voire d’une œuvre d’art, il s’en approche au plus près et c’est également dans ce geste qui consiste à changer la dimension de la réalité que se révèle la figure anthropomorphique. Laissons parler le photographe : « La captation des Origènes a d’abord été une manière d’exercice du regard, une forme d’art de la perception ». Mais il ne s’agit pas seulement de cerner dans la matière un visage, parfois très expressif – le photographie grossissant ici certains traits, à la manière de la caricature -, Claude Mollard établit aussi des liens entre l’image qu’il réalise et le contexte, le territoire particulier dans lequel il opère. Dans le mot « Origènes », il y a à la fois l’idée d’origine et celle de la transmission. L’image est en quelque sorte une pièce d’une enquête sur une identité culturelle, historique. On ne citera qu’un exemple parmi d’autres : « Les briques de Lille ont des regards noirs. Regards noirs de peur, noirs de fatigue, noirs d’ivresse, noirs de colère, noirs des combats du rouge et du noir. L’Origène de brique rouge et noir : Origène révolutionnaire des combats ouvriers. »

L’exposition est complétée ici par une série qui s’inscrit dans le prolongement des « Origènes », à la différence que celle-ci porte sur ce qui est déjà en soi une représentation, une écriture visuelle : Claude Mollard cadre ces compositions issues d’un mode d’expression très contemporain – le tag qui envahit aujourd’hui le paysage urbain – et crée ainsi les conditions d’une rencontre avec une figure humaine d’un autre type. Avec les « Origènes », Claude Mollard nous parle des profondeurs; avec ces « Graphogènes », il interroge la surface du monde actuel. Mais il nous remet aussi en mémoire les photographies de Brassaï et réactualise les travaux que celui-ci avait réalisés sur les graffitis. « Un art de la révélation sous une autre forme, un art de l’ouverture, un art qui renforce la communication, voulue et refusée, du fait de son caractère marginal et réservé, par le seul graffiti » écrit Claude Mollard. Si cet ensemble qu’il nous présente aujourd’hui au Musée des Beaux-arts est en phase avec le thème des Nord(s) de cette nouvelle édition des Transphotographiques, il entre également en résonance avec différentes pratiques artistiques telles que l’art brut initié par Jean Dubuffet.

Gabriel Bauret

Exposition réalisée en partenariat avec Le Fresnoy.

 

 

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Lieu : Palais des beaux-arts
Place de la République, Lille

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