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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Jürgen Nefzger : Spielzeug

Jürgen Nefzger : Spielzeug

 

C’est au cours de la commande sur Dunkerque passée par le Musée des Beaux Arts que Jürgen Nefzger a eu l’occasion de rencontrer un personnage marginal, vivant dans la banlieue, dans un espace précaire où il rassemble une multitude d’objets hétéroclites, un peu à la façon d’une collection d’art brut.
Intéressé par les jouets, des portants à roulettes pour enfants de deux à quatre ans entassés en plein air et ayant subis diverses intempéries, il les a empruntés pour les photographier en studio dans une approche toute documentaire. Pour conforter son point de vue, il a ensuite rassemblé ces images, quinze au total, dans une grille qui en approfondit la lecture et apporte aussi la pointe d’ironie qu’il affectionne souvent. Cette allégorie du progrès, le progrès réduit à sa vérité profonde, justifie pleinement le rôle de la photographie. Sur ces jouets, joyeux ou tragiques, les lichens ont le temps de pousser comme un memento mori d’aujourd’hui. Très poignants dans leur dépouillement, ils sont d’autant plus efficaces qu’il s’agit d’enfants. Ils sont cependant préservés de tout pathos par la rigueur esthétique du traitement alliée au côté guilleret des couleurs que le gris du temps qui a passé fait ressortir et par les signes d’une généreuse ré-assimilation naturelle. Pour paraphraser Cézanne, on pourrait dire : « faire du jouet en plastique quelque chose de solide comme l’art des musées ».

Françoise Paviot et DT.

DUNKERQUE PHOTOGRAPHIEE PAR JÜRGEN NEFZGER
Chroniques inspirées d’une ville en pleine mutation

Dunkerque invite chaque année un photographe en résidence. Après l’Américain William Eggleston en 2006, l’Allemand Jürgen Nefzger a accepté d’arpenter la ville et ses environs. Dunkerque est une cité à l’histoire chargée, détruite à 70 % par les bombardements de 1939-1945, inféodée depuis les années 1960 à une industrie lourde qui défigure ses rivages et gouache le ciel de gris. Ville ingrate, donc, qui ne pouvait que séduire Jünger Nefzger, lequel a remporté en 2006 le prix du public du Jeu de Paume avec un reportage sur la délicate insertion des centrales nucléaires dans le paysage européen.
Depuis quinze ans, Jürgen Nefzger explore deux axes de recherche. L’un porte sur l’échec de l’urbanisation moderne- désastre des lotissements pavillonnaires, inhumanité des villes nouvelles – l’autre témoigne de préoccupations plus écologiques : « Fluffy Clouds », la série sur les centrales nucléaires, s’inscrit entre un travail sur les campagnes dévastées par les déchets, et un autre sur la fonte des glaciers des Alpes. Jürgen Nefzger est un chroniqueur rigoureux des mutations du paysage contemporain. On reste pourtant frappé, devant ses photos de Dunkerque, par la beauté des images, une esthétique sereine qui trouble la perspective documentaire. Imprégnation des gris salins des ciels du Nord, ode aux sillons gras des terres boueuses, aux jours penchés des dunes de sable. Références implicites à l’histoire picturale du paysage romantique, augmentées d’un regard aigu sur les hommes qui peuplent ce panorama bucolique – les pêcheurs de Gravelines, les contemplatifs du canal de la Haute-Colme, les véliplanchistes de la plage du Break…
Les photographes de paysages hésitent trop souvent à intégrer à leurs grandioses panoramiques le pauvre quidam, silhouette informe, casquette criarde et rouge aux joues. Jürgen Nefzger est de ceux qui savent ajuster les lointains et les proches, trouver la juste distance, ouvrir une perspective humaine sur les angles morts du paysage moderne.

Natacha Wolinski

Les photographies sur Dunkerque ont été réalisées et produites pendant l’année 2007 dans le cadre d’une commande
du Musée des Beaux-Arts de Dunkerque.

 

En savoir plus

 

Exposition du 26 mai au 26 juin 2011

 


© Jürgen Nefzger

 


© Jürgen Nefzger

 


Jürgen Nefzger © D.R.

 


Lieu : Tri Postal
Avenue Willy Brandt, Lille

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