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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

La Deûle un patrimoine photographique – Fonds de la Bibliothèque municipale de Lille

La Deûle un patrimoine photographique – Fonds de la Bibliothèque municipale de Lille

 

On a aujourd’hui peine à imaginer que la Deûle ait été à ce point omniprésente à Lille. Organisant le système défensif de la ville, elle a également facilité la desserte des marchandises jusqu’au cœur de la cité industrieuse et assuré une grande part de sa prospérité économique et de son développement urbain. La rivière et ses multiples bras, son réseau complexe de canaux, ont façonné la ville en favorisant l’installation des artisans puis des industriels du textile, des tanneurs, des brasseurs et des marchands. Les relations entre la ville et la Deûle ne sont cependant pas exemptes d’ambivalence. La couverture des canaux, véhicules de la propagation de maladies endémiques et le déplacement du port de Lille afin d’assurer le développement raisonné du trafic fluvial et l’expansion de la cité, ont progressivement mis fin à la présence de l’eau dans la ville.

Née en 1839, la photographie s’est rapidement imposée pour représenter la ville « d’après nature » : elle capte les monuments immobiles, les paysages urbains, la matérialité de l’eau et entend donner une vision objective du réel, en noir et en blanc.
Instrument d’une modernité assumée, elle rivalise avec les traditionnels recueils d’estampes ou de lithographies et porte un regard neuf et fidèle sur le monde. Découpant l’espace, elle opère par succession d’images et fait défiler devant le spectateur le paysage reconstitué.

Les portefeuilles rassemblés par Léon Lefebvre (1848-1916), imprimeur lillois appartenant au petit cercle des érudits locaux du tournant du siècle et membre de diverses sociétés savantes, gardent la mémoire savamment entretenue d’une époque révolue. Dans ces images datées pour la plupart de 1855, c’est-à-dire avant l’agrandissement de Lille en 1858, le photographe nous entraîne dans une déambulation lente dont le fil conducteur est la Deûle.

La Deûle s’inscrit dans un espace fortement urbanisé où les bâtiments forment autant de stations d’un parcours obligé. Dans un long travellling, qui commence aux faubourgs presque bucoliques et à l’avant-port de Lille, on franchit la porte d’eau et l’enceinte de la ville, on passe le port intérieur du Grand Rivage, on voit défiler l’Hospice général, le Pont Maudit, le Pont Neuf et le Palais de Justice, avant d’amarrer Quai de la Basse Deûle, à moins qu’ayant contourné par la Citadelle on aborde le Petit Rivage ou Quai du Wault.

La technique photographique de l’époque ne saisit pas le mouvement. De ces images, les figures sont donc quasiment toujours absentes, tandis que règnent en maîtres la pierre et l’eau, éléments imperturbables du décor. La présence humaine est cependant attestée par les bélandres, les péniches, les grues et les charrettes, témoins de l’activité et du travail à l’œuvre, les cabarets et estaminets représentant eux la part de délassement nécessaire au batelier.

On est saisi par la beauté grave de ces images, par la tranquillité qui émane des lieux, par cette attention minutieuse à la lumière et au cadrage, large, généreux, capable de tout englober et de saisir en un instant la forme d’une ville.

Isabelle Duquenne
Conservateur, Directrice de la Bibliothèque municipale de Lille
Co-commissaire de l’exposition

 

Exposition du 26 mai au 26 juin 2011

 


© Bibliothèque municipale de Lille

 


© Bibliothèque municipale de Lille

 


Lieu : Musée de l’Hospice Comtesse
32 rue de la monnaie, Lille

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