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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Maxime Brygo : Newland

Maxime Brygo : Newland

Newland présente des photographies de sites construits ces dernières années au sein de cinq villes nouvelles hollandaises. Ces villes connaissent toutes, chacune à leur échelle, une expansion importante. Leur essor actuel tient pour beaucoup à l’opération V.I.N.E.X. («Vierde Nota Ruimtelijke Ordening Extra» – Supplément au quatrième rapport sur l’urbanisme). Orchestrée par le Ministèredu logement, de l’urbanisme et de l’environnement hollandais, cette opération a pour objectif la création de près d’un million de logements entre 1993 et 2015 sur plusieurs dizaines de nouveauxsites urbains. Cinq villes, situées dans trois provinces, ont servi à l’élaboration du projet photographique Newland.

Le projet entrepris ici cherche à questionner la fabrication d’identités de ces villes. Comment a-t-on dessiné et agencé ces villes sans Histoire ? Qu’y a-t-on érigé ? Quels monuments pour quelles célébrations ? De quels mythes ces paysages urbains sont-ils porteurs ? Quelles projections, quels désirs accueillent-ils ? On aurait pu répondre à ces questions par une investigation sociologique ou ethnologique de ces sites urbains récemment construits. Une autre voie a été choisie, celle de la photographie. Les objets convoqués ici appartiennent à un patrimoine contemporain : l’école, la tour d’appartements et le fitness center sont quelques-uns des édifices symboliques de notre temps, mais nous n’avons que très peu de recul sur ces objets pour juger de leur valeur patrimoniale.
Absence de recul due à leur récente apparition et à leur fonctionnalité encore insaisissable ? Il semble que la photographie, en figeant les lieux et le temps dans ces espaces, atteste ou fabrique le statut patrimonial de ces objets. Les espaces dessinés s’incarnent par la mise en scène photographique, dont le rôle ici est de créer un moment. Un moment et un monument. Cela dit, une ambiguïté se pose quant à la nature du patrimoine : on parle parfois de ville-pilote, de ville-manifeste. Ce sont en effet des villes dont l’identité semble résider dans la façon dont elles sont dessinées, et surtout dans l’image qu’elles véhiculent. Le patrimoine photographié apparaît donc double, mêlant des objets et des images.

Newland est un espace imaginaire, puisqu’il ne traite pas chacune des cinq villes individuellement, mais fusionne leurs paysages. Ces paysages proposent une scénographie de la ville publicitaire, ainsi qu’une exploration de ses imageries. Le patrimoine photographié produit donc un patrimoine photographique. Ici l’approche esthétique a été envisagée comme une théâtralisation de l’espace par la lumière, la couleur et la composition. La subjectivité et la diversité des approches est unifiée par la rigueur de construction des lignes de structure des images. La grande profondeur de champ intègre les bâtiments à leurs sites et la frontalité donne valeur d’archivage au corpus. Le patrimoine photographique tente d’aborder des signes de villes en devenir, modèles qui, demain peut-être, s’exporteront ou seront oubliés. Car c’est bien du statut – a priori paradoxal – d’archives en devenir que se réclame ce corpus photographique. Et si la photographie architecture le réel, par là même, elle le sanctifie. Newland, en produisant ces images aujourd’hui, s’inscrit peut-être dans le processus de production des objets de demain. C’est également la question de la pérennité qui se pose ici, face à des paysages encore à l’état de croquis il y a un demi-siècle et parfois même à des espaces gagnés sur la mer. Au spectateur désormais de questionner l’écart qui s’est joué entre le territoire fantasmé, désormais photographié, et la représentation d’un réel, qui bien souvent se dérobe.

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Exposition du 26 mai au 26 juin 2011


© Maxime Brygo


© Maxime Brygo


© Maxime Brygo



Lieu : ÉCOLE D’ARCHITECTURE

2 rue verte, Villeneuve d’Ascq

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