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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Vincent J. Stoker : Heterotopia

Vincent J. Stoker : Heterotopia

 

« Je m’intéresse à l’altérité radicale de lieux dont on ne vient plus perturber la lente existence, à ces espaces qu’on laisse là, dépossédés de leurs sens et de leurs fonctions, à ces étendues complètement autres, maintenant dépourvues de toute expérience quotidienne.
Leurs histoires c’est l’Histoire de nos crises. Elles dévoilent l’envers, jettent le doute à l’égard de systèmes –éducatif, politique et économique- qui laissent se détruire ce qu’ils ont eux-mêmes construits, trahissent ce qui se trouve niché dans le pli et dont on aimerait pouvoir se débarrasser.
Les lieux que je photographie n’ont jamais été aussi beaux qu’aujourd’hui, dans leur déstructuration. La physique fait de l’art en magnifiant les architectures.
Mes photos font l’éloge de la désagrégation, du labeur lent et méticuleux que l’on doit au temps, cet ouvrier de génie qui émiette, éclate et écorche nos structures d’acier. Le bâti devient le support de la nature et éveille le sentiment du sublime.
Nous avons conscience de leur caractère précieux et irremplaçable. Elles sont un témoignage de génération passées et le travail de mémoire exigence de les sauvegarder, mais telle n’est pas la motivation première de ce travail. Ces lieux à l’identité nouvelle, qui combinent un héritage architectural et une réappropriation par les éléments me fascinent pour eux-mêmes, pour ce mode propre qui est le leur, celui du doute et de l’inachèvement.
Je les surprends à cet instant tangent, quelque part entre leur évacuation par l’homme et leur lente décomposition par la nature, entre naissance et mort, croissance et dépérissement, entre être et non-être, perpétuellement au bord de l’effacement.
Mes hétérotopies offrent une expérience du vide, vide qu’elles laissent et qu’elles renferment ; tout à l’intérieur semble tellement immobile. La poussière et la rouille ont pétrifié les structures. Chaque détail paraît relié à un autre, comme fixé à l’ensemble par sédimentation pour former un tout lourd et fragile, aussi inerte que des statues dont on aurait la chance de pouvoir explorer l’intérieur.
Ces monstres trapus et monumentaux, vestiges de l’Histoire, nous rappellent l’impermanence de toute chose et la fragilité de nos existences. Ils murmurent : «Regarde autour de toi, regarde moi et souviens toi que tu n’es qu’un homme.». Vanités de l’âge industriel.
Mes images ravivent le cauchemar prométhéen, et montrent ce qui se passe dès que l’homme se retire de ses propres constructions mégalomanes. Elles suggèrent une reprise de possession de la Terre par les éléments. En cas de disparition de l’homme, notre civilisation serait très vite oubliée, recouverte de mousse.
Finalement, j’élabore la fiction d’un monstre global échoué, la hantise post-apocalyptique d’un monde en friche, d’un monde de déréliction où ne restent que nos traces, nos empreintes: un héritage de plastique et de béton, de cadavres éparpillés ça et là, encore en sursis.»

 

Exposition du 26 mai au 26 juin 2011

 


© Vincent J. Stoker

 


© Vincent J. Stoker

 


Vincent J. Stoker © D.R.

 


Lieu : LASÉCU
26 rue Bourjembois, Lille

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