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Transphotographiques / Lille / Hauts-de-France
 

Pierre Faure : France Périphérique

Pierre Faure : France Périphérique

Exposition à la Maison de la Photographie du 20 octobre au 21 novembre 2021
du mercredi au samedi de 14h à 18h – Entrée libre

La pauvreté en France, témoignage photographique

Pierre Faure est né en 1972 à Nice. Après avoir étudié les sciences économiques, il décide, à partir de 2010, de se consacrer entièrement à la photographie. Il produit d’abord un travail dans lequel l’abstraction et les évocations organiques occupent une place centrale. Ses séries interrogent le regard du spectateur et jouent avec les notions d’échelle et de perspective.

Entre 2011 et 2012, il évolue vers une autre démarche et aborde la question sociale en réalisant un travail d’immersion au sein d’une communauté tzigane d’Île-de-France. Puis, il s’intéresse à la vie de personnes en grande précarité accueillies en centre d’hébergement d’urgence et tente de saisir dans ce quotidien les figures d’une humanité blessée. En parallèle, il poursuit toujours, et ce depuis 2010, une série sur les arbres en ville, interrogeant la place du végétal en milieu urbain.

En 2013, Pierre Faure devient alors membre du Studio Hans Lucas, et depuis 2015, il documente la pauvreté en France en parcourant l’ensemble du pays.

 

Le titre ‘’France Périphérique’’ est emprunté à l’ouvrage éponyme du géographe Christophe Guilluy qui aborde les problématiques politiques, sociales et culturelles de la France contemporaine sous le prisme du territoire. Ce théoricien s’intéresse à l’émergence d’une zone qui s’étend des marges périurbaines les plus fragiles des grandes villes, jusqu’aux espaces ruraux en passant par les petites villes et les villes moyennes. Il souligne que désormais 60 % de la population – et les trois quarts des nouvelles classes populaires – vivent dans cette ‘’France Périphérique’’, à l’écart des villes mondialisées.

Par ailleurs, en 2018, la France métropolitaine compte 9,3 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit 14,8 % de la population (selon l’INSEE, le seuil de pauvreté s’établit à moins de 1.063 € de revenus disponibles par mois). De plus, comble pour l’un des premiers pays producteurs agricoles mondiaux, 4,7 millions de citoyens français ont eu recours aux aides alimentaires en 2018.

En effet, historiquement la pauvreté a baissé à partir des années 1970 jusqu’au début des années 1990 puis est restée plutôt stable jusqu’aux années 2000, mais elle a de nouveau augmenté avec la crise financière de 2008. Ce mouvement de hausse constitue un tournant décisif dans l’histoire sociale de notre pays car la dégradation économique enregistrée depuis 2008 pèse tout particulièrement sur les moins favorisés (source : L’Observatoire des inégalités).

En conséquence, une partie de la population, qui chaque jour s’accroît davantage, est mise au ban de la société. Ce bannissement est à la fois économique, social mais aussi une ostracisation de l’espace public. Comme le résumait Pierre Bourdieu, l’invisibilité sociale est un effet de la domination. Michel Legros – sociologue et ancien directeur de recherches au CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) -, complète en avançant le fait que l’invisibilité peut constituer un mode de régulation de la pauvreté et qu’il s’agit ici de rendre les pauvres invisibles. Ainsi, pour ne pas déranger ceux inscrits dans la norme sociale, une frange de la population dite ‘’pauvre’’ se retrouve alors bannie de l’espace public par des politiques urbaines visant à réguler les éventuelles masses dérangeantes.

Face à ces nombreux constats, Pierre Faure a voulu, dans une démarche sincère et profonde, tout en s’engageant dans un processus à long terme, sensibiliser le public en s’intéressant aux évolutions qui modifient réellement la société française.

Environ deux cents jours par an, il arpente l’ensemble du territoire afin de constituer un témoignage photographique de la pauvreté dans l’hexagone, en rendant visible cette ‘’relégation sociale’’. Il se confronte aux préoccupations liées à l’emploi, la santé, le logement, le transport, la solidarité… qui rythment le quotidien de ces individus.

Pour les rencontrer, il se rapproche généralement de structures œuvrant dans le domaine social (Fondation Abbé Pierre, Emmaüs, Secours Catholique…). Il apprend à connaître leur histoire, leur situation et progressivement une relation de confiance s’instaure entre eux. Par ses images, il tente de rendre palpable les conditions de vie d’une partie de nos concitoyens pour qu’enfin des visages se substituent aux statistiques, aux pourcentages et aux mots qui leur sont associés.

C’est alors tout naturellement que Pierre Faure a accepté en 2019 l’invitation de la Maison de la Photographie de Lille pour une résidence de deux semaines portant sur le quartier de Fives, ancien quartier ouvrier de Lille et classé prioritaire. Le Secours Populaire local a été sollicité pour ce projet. Dans le temps imparti, il a su saisir quelques lieux, des instants, des figures, révélant ici comme ailleurs les conséquences subies par cette communauté d’invisibles.

Texte de Pierre Faure et Diane-Laure Souci

 

Exposition à la Maison de la Photographie, 28 rue Pierre Legrand à Lille

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Les Transphotographiques est un festival photographique créé en 2001 et organisé par la Maison de la Photographie de Lille. Les expositions sont présentées dans toute la métropole lilloise.